Histoires d'info. Danielle Darrieux, une vie de cinéma

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La comédienne Danielle Darrieux s'est éteinte mardi à son domicile de Bois-le-Roi dans l'Eure à l'âge de 100 ans.

Danielle Darrieux s'est éteinte mardi 17 octobre à son domicile de Bois-le-Roi dans l'Eure à l'âge de 100 ans. Thomas Snégaroff retrace sa vie d'actrice.


"Si je parviens au titre de grande star, cela prouvera que j’ai bien servi le cinéma. Et alors je serai si heureuse…J’aime tant mon métier !"  Ainsi s’exprime la très jeune Danielle Darrieux qui fête ses 14 ans sur le plateau de son tout premier film, Le Bal. La presse s’enthousiasme pour cette jeune fille qu’elle décrit comme  "blonde, gracieuse et fraîche. Ses grands yeux limpides ouverts sur le monde, une âme de toute jeune fille." Danielle Darrieux déboule dans le cinéma français et ne le quittera plus jamais. Le théâtre non plus d’ailleurs.

Sa fraîcheur la caractérise immédiatement. Elle est une anti-star, à l’heure des vamps. Le mot qu’on lui accole en permanence, au point de l’agacer, c’est champagne. Elle est légère et pétillante, là où elle aimerait aussi des rôles tragiques. Ils viendront plus tard.
Grande star, elle le devient presque immédiatement. La jeune ingénue du cinéma français attire Hollywood. En 1938, elle y tourne son premier film pour Universal, son contrat en prévoit un par an, mais ce sera le seul.


Cette même année 1938, elle est également à l’affiche d’un grand film français, réalisé par son mari, Henri Decoin, Retour à l’aube, écoutez comment la radio la présente : "Grande soirée dans le style des premières à Hollywood. Fleurs, musique foule, gardes républicains, habits, dos nus, Danielle Darieux est l'objet de tous les regards. Écoutez une scène de 'Retour à l'aube", son action se passe en Hongrie, voici dans un cabaret belle comme le jour, Danielle Darrieux qui est belle comme nous l'aimons...."

Période trouble

La Seconde Guerre mondiale est une période sombre et trouble dans l’extraordinaire carrière de Danielle Darrieux. Écoutons-la expliquer cette sale période, c’était bien plus tard, en 1998 : "J'étais avec un monsieur qui était en camp où on mettait les diplomates étrangers. J'étais très amoureuse et on m'a séparé pendant des mois.On m'a dit un jour il y aura un voyage organisé avec tous les Français. Moi j'ai dit je veux bien y aller à condition que j'aille voir Rudy. Mais je ne pensais à rien d'autre qu'à l'amour. Le reste je ne savais même pas ce qui se passait autour de moi. C'est effrayant d'être inconscient à ce point-là."


Ce fameux voyage à Berlin en 1942 et ce contrat avec la Continental, société de production allemande installée à Paris et dépendante du ministère de la propagande de Goebbels, a failli mettre fin à la carrière de Danielle Darrieux.

Après quelques années sans tourner, l’actrice revient en haut de l’affiche 

Le grand film de son retour, c’est Madame de, de Max Ophüls sorti en 1953, son 3e avec lui.
L’ingénue a laissé la place à une actrice immense, avec une palette de jeu très large. Ophüls lui dira : "Tu peux tout jouer, surtout les rôles tragiques." Danielle Darrieux est la plus grande actrice française. Refusant le jeu du star system, elle dure parce qu’elle n’est pas à la mode…
Danielle Darrieux n’aime rien plus que de jouer. Écoutez-là en 1963 : "Moi j'ai beaucoup plus le trac maintenant parce que je ne joue rien du tout. Je suis moi. C'est beaucoup plus paralysant que quand on joue un personnage. On est défendu par un texte, un auteur. On est une femme passionnée, merveilleuse, coquette incroyable. Quand on se trouve tour seul entre ces rôles là, moi je me sens absolument perdue car je n'ai plus rien à dire que mon propre texte. Et je n'aime pas parler de moi et je je trouve que je suis inintéressante. Les acteurs sont intéressants quand ils jouent des personnages."

Dans ces années-là, la Nouvelle Vague fait appel à elle

Notamment Jacques Demy qui lui offre des rôles sublimes dans Les Demoiselles de Rochefort et plus tard Une Chambre en ville. Mais les rôles se font plus rares, elle tourne très peu dans les années 1970 et 1980. En 1985, elle reçoit un César d’Honneur, un moment très émouvant. Jean-Claude Brialy lui remet le prix : "Elle est très timide, elle n'aime pas beraucoup sortir le soir et ce soir 22 millions d'amoureux la regardent. Car on a tous été amoureux de Danielle Darrieux. Chère Danielle, pendant 20 ans tu n'as fait que quatre films. Tu m'as dit 'parce qu'on n'écrit plus pour les grands-mères'. Je sais qu'il y a beaucoup de metteurs en scène dans la salle et nous, nous devons encore faire plaisir au public et retrouver Danielle au cinéma."


Sa carrière connaîtra un dernier coup d’accélérateur dans les années 2000 quand de jeunes réalisateurs s’arracheront cette magnifique vieille dame. Truffaut disait que le cinéma filme la mort au travail, avec Danielle Darrieux, il a filmé la vie au travail. 

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