Histoires d'Info. D'un 1er mai (2002) à l'autre (2017)

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En comparant les défilés du 1er mai 2002 à ceux du 1er mai 2017, on mesure à quel point nous ne sommes plus dans le même rapport au Front national. 

Dès le lendemain du 21 avril 2002, des manifestations sont organisées contre le Front National partout en France, dans les grandes villes mais aussi dans les bourgs. Quant au 1er mai 2002, qui tombe un mercredi, quatre jours avant le second tour, il dépasse de loin le cadre syndical habituel des défilés de la fête du travail. Une foule immense descend dans la rue pour dire "Non !". Pas de subtilité à l'époque, il s'agit de voter Jacques Chirac.

"Dans les bras, j'ai le drapeau tricolore qui est le drapeau de tous les Français. Mon père a été déporté à Auschwitz, ma famille a été exterminée avec des idées communes à M. Le Pen", lance un manifestant au micro de France Inter. "Il faut se réapproprier le drapeau français qui l'apanage de tous les Français sans exclusion de races, ni de religions, et ne pas le laisser à Le Pen", explique une femme.

On est là pour montrer que le fascisme et l'extrême droite ne passeront pas en France.

Une manifestante, le 1er mai 2002 à Paris

Toujours dans le cortège, un jeune homme raconte qu'il a acheté son drapeau tricolore, "le 12 juillet 1998, pour la coupe du monde" et une adolescente lance : "On le dit haut et fort, vive la France !", avant d'entamer La Marseillaise.

2002 : une foule immense

Plus d’1,5 millions de personnes défilent ce jour-là dans les rues de France. Elles sont 500 000 à Paris, plus de 50 000 à Lyon et à Grenoble, 45 000 à Toulouse, 40 000 à Bordeaux, 35 000 à Rennes ou encore 30 000 à Marseille et à Lille.

La référence à la France "Black Blanc Beur", de la Coupe du monde de football 1998, est omniprésente. On entend raisonner la chanson Motivés, de Zebda. Les célèbres mains "Touche pas à mon pote", de S.O.S. racisme, sont ressorties. La référence à la Seconde Guerre mondiale est également très forte. On insiste sur la jeunesse des manifestants, sur le caractère bon enfant et ces slogans : "La fin justifie les scrutins" ou encore "Allez les jeunes il faut aller voter même si Supermenteur, on le porte pas dans nos cœurs".

Mais pas d'union sur les pavés

Malgré le caractère exceptionnel de ce 1er mai 2002, les dirigeants de droite ne sont pas dans la rue. François Fillon déclare à l’époque qu'il juge "positives et respectables ces manifestations mais elles ne sont pas conformes à la culture de la droite". Pas d'unité syndicale non plus, contrairement à ce qu’on peut penser. Force Ouvrière n’avait pas participé aux manifestations organisées par les autres centrales contre le FN et, conformément à sa tradition, n’avait pas donné de consignes de vote à ses adhérents. 

Marc Blondel, alors secrétaire général de FO, avait manifesté séparément, sous son propre mot d’ordre, social : "J'ai considéré que la déclaration des organisateurs de cette manifestation n'était pas assez revendicative. Et que, d'une certaine façon, on détournait le 1er mai comme le fait M. Le Pen ce matin. Je pense qu'il faut laisser au 1er mai son image de revendication." Sous-entendu : ne sacrifions pas le 1er-Mai, jour de revendication sociale, pour faire barrage au FN.

Cette année, s’il y a des appels à faire barrage au Front national, le 1er-Mai revêt aussi, et peut-être même d'abord, une dimension essentiellement sociale et donc syndicale. Signe que décidément 2017 n’est pas 2002.

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