Histoires d'info. Bouteflika : le sort d'un homme et d'une époque

La rue gronde en Algérie contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat à la tête du pays. L’état de santé du président algérien est souvent invoqué, mais il y a aussi un véritable enjeu politique et générationnel qui nous plonge dans l’histoire du pays.

L’histoire de Bouteflika et de son pays depuis l’indépendance se confondent. Abdelaziz Bouteflika a 81 ans et le pays est jeune : quand l'Algérie devient indépendante en 1962, il a 25 ans. Dès l’origine il est là, et en pleine lumière, à un poste prestigieux.

En 1963, il est à l'Elysée pour porter un message du président Ahmed Ben Bella au général De Gaulle. C'était il y a 56 ans, Bouteflika est alors le plus jeune ministre des Affaires étrangères du monde. Il le doit beaucoup à son talent mais aussi à son rôle pendant la guerre d’indépendance au sein de l’Armée de libération nationale. Cette dimension est fondamentale pour comprendre sa légitimité.

L'incarnation de l'histoire de son pays et de son armée

Bouteflika porte en lui l’histoire de son pays et le soutien de l’armée. Ainsi, en 1965, quand Ben Bella le renvoie, il est quelques semaines plus tard aux côtés de Houari Boumédiène qui le renverse avec l’aide de l’armée. Mais Bouteflika ne veut pas entendre parler de "putsch". L’armée incarne selon lui le peuple :

Nous sortons des entrailles du peuple, nous appartenons à ce peuple, rien ne nous séparera du peuple

Abdelaziz Bouteflika, en 1965

La confusion entre les corps, celui de l’armée et le sien, celui du peuple, était peut-être flatteuse et efficace en 1965. En 2019, cet homme très affaibli en fauteuil roulant ne tend plus forcément un miroir flatteur à son peuple, qui demeure très jeune…  

L'homme des deux guerres d'Algérie

En tant que Président, au cours de son premier mandat, entre 1999 et 2004, Bouteflika a dû affronter les suites de ce qu’on appelle la deuxième guerre d’Algérie, la guerre civile qui mettait aux prises l’armée algérienne à des groupes islamistes. Bouteflika ramena la concorde civile à coups d’amnistie pour les combattants.

Au fond, il est alors présenté par le FLN, le parti au pouvoir sans discontinuité depuis l’indépendance, comme l’incarnation de deux victoires, celle de la première et de la deuxième guerre d’Algérie. Mais voilà : dans un contexte économique rendu morose par la baisse des cours du pétrole, absolument capital pour l’économie du pays, et avec le temps qui passe, cette double légitimité de Bouteflika fond comme neige au soleil.

A cet égard, ce qui se joue dans la rue, ce n’est pas uniquement le sort d’un homme, c’est aussi celui d’une époque.  

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