Histoires d'info. 1995 - 2018 et l'enjeu du blocage

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La grève à la SNCF va démarrer lundi à 19 heures pour se terminer jeudi à 8 heures. C'est le premier des préavis de deux jours de grève sur cinq contre la réforme de la SNCF voulue par le gouvernement. Grève à la SNCF qui n'en est pas à son coup d'essai.

Tout le monde a en tête les grandes grèves de 1995. Des grèves qui dépassaient largement le cas de la SNCF mais dont les cheminots ont été les fers de lance.
Jeudi 29 mars, Laurent Brun, le patron de la CGT cheminot, premier syndicat à la SNCF, a évoqué sans précision des : "comparaisons possibles" avec le mouvement de 1995. C’est évidemment à l’issue du conflit de 1995 qu’il pense.

Un conflit social très dur dont, sur le volet des régimes spéciaux, était sortis vainqueurs les syndicats et en particulier la CGT cheminots. Le parallèle avec 1995, les syndicats veulent le faire, là où la direction de la SNCF le refuse. En février dernier, Guillaume Pepy repoussait l’idée d’une grande grève par ces mots : "Tout le monde adore se faire peur." On s’en doutait dès la fin du mouvement en 1995. Voici la fin de ce reportage d’Envoyé Spécial qui revenait sur la grande grève. C’était en mars 1996 sur France 2 :

Un journaliste : "Si la SNCF aujourd'hui, c'était un animal, ce serait quoi ?"

Micro trottoir : "Un éléphant... un rapace... une pieuvre..."

Un journaliste : "SNCF, un animal étrange qui ne trouve plus la sortie du tunnel du surendettement. Une bête curieuse qui n'a pas encore fini toutes ses mutations. Face à elle, des cheminots fiers de leur passé, arc-boutés sur leurs acquis, hésitant à prendre le train de la modernité sans connaître la destination finale. Mais tôt ou tard le dossier sera réouvert et les hommes de chair et la bête de fer se retrouveront pour un nouveau voyage aux multiples aiguillages."

Avec toujours finalement ce rapport de force. Un rapport de force qui a changé. La CGT est moins puissante qu’en 1995. Elle reste le premier syndicat mais a perdu 10 points depuis en 20 ans. Il y a des élections dans quelques mois et aucun syndicat n’a envie d’être à la traîne dans un mouvement plébiscité par les cheminots.

L’issue du conflit aura un sens profond

Cinq ans avant la grève, en 1990, l'économiste et sociologue danois Gosta Esping-Andersen publiait un livre devenu un classique depuis. Son titre: Les Trois Mondes de l’Etat-Providence. Il décrivait la France comme étant un modèle étato-corporatiste dans lequel la subsistance des régimes spéciaux, pour lesquels se battent les cheminots, était un héritage du passé. Le poids des corporations subsistent plus ou moins selon les métiers et les branches, en fonction de la capacité de construire un rapport de force gagnant avec l’État et ou leur direction. Et de fait, les cheminots ont clairement une très grande capacité. C’est justement pour cela que la direction de la SNCF propose de développer le co-voiturage ou d’être intransigeante sur le décompte des jours de grève. L’idée étant que le rapport de force s’inverse, que la grève devienne un problème pour les grévistes et plus seulement pour les usagers. Si c’est le cas, la SNCF et l’État sortiront gagnants.