Histoire d'infos. Pèlerinage à la Mecque, au cœur des rivalités entre l'Iran et l'Arabie Saoudite

Les pélerins iraniens sont de retour à La Mecque cette année. Leurs conceptions du pèlerinage diffèrent profondément et un facteur de tension majeur.

31 juillet 1987, le pèlerinage de La Mecque se termine dans le sang : les forces de l'ordre saoudiennes répriment une manifestation interdite de pèlerins iraniens. L'affrontement fait 402 morts, dont 275 Iraniens, selon un bilan officiel saoudien. Ce qui est très intéressant, c’est la raison de cet affrontement et ce qu’il révèle des tensions religieuses et politiques du pèlerinage.

L'affrontement de 1987 s'explique parce que les pèlerins iraniens manifestent avec des mots d’ordre politiques, contre les sionistes, les Etats-Unis ("Grand Satan"), Israël ("Mère de Satan"), et les "Petits Satans (le Royaume-Uni, la France, le Canada, etc.). Et on touche à un sujet essentiel. Pour les Iraniens et plus largement les chiites, l’exécration des païens est un devoir, haranguer les pélerins c’est suivre l’exemple du Prophète lors de son pèlerinage d’adieu sur le mont Arafat voisin. Cette année, l'exécration des païens sera cantonnée dans les hôtels.

Pour les Saoudiens wahhabites, en revanche, ces mots d'ordre politiques sont hérétiques. Ils s’appuient sur un verset du Coran : "Point de dispute pendant le pèlerinage". Les Saoudiens en viennent donc à considérer les Iraniens comme hérétiques, désacralisant le hadj qui devient l’un des principaux points de crispation entre les deux pays. On est face à deux conceptions de l’islam qui s’affrontent, un islam révolutionnaire face à un islam davantage tourné vers soi, où la dimension spirituelle et individuelle prime. Et d’un point de vue géopolitique, on a deux grandes puissances qui ont l’ambition de dominer la région et, au-delà, le monde musulman.  

Pour les Iraniens, le pèlerinage est un moment religieux et politique. Pour les Saoudiens, il n'est que religieux. Mais en interdisant les actions politiques de pèlerins iraniens, les Saoudiens ne font-ils pas aussi de la politique ?

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