Grand débat : le retour en grâce des intellectuels ?

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Grand débat, suite... Emmanuel Macron reçoit lundi à l’Elysée une soixantaine d'intellectuels pour débattre des grands enjeux du moment. L'occasion de remettre sur le devant de la scène la figure de l'intellectuel, une figure qui a pâli depuis quelques décennies.

Emmanuel Macron reçoit lundi 18 mars à l’Elysée une soixantaine d'intellectuels pour débattre des grands enjeux du moment. L'occasion de remettre sur le devant de la scène la figure de l'intellectuel, une figure qui a pâli depuis quelques décennies. Qu'est-ce qu'un intellectuel ? Cette question, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes se l’était posée en 1934. Devait-on exiger un niveau d’étude, de diplômes, un nombre de livres écrits ?... Finalement on s’était mis juste d’accord sur l’engagement dans la cité.

Emile Zola, le premier "intellectuel"

La figure de l’intellectuel, le mot même, qui dépasse et de loin la simpliste séparation entre métiers manuels et métiers intellectuels, est née d’un engagement politique, celui d’Emile Zola et sa défense de l’innocence de Dreyfus, avec le fameux "J’accuse... !", publié le 13 janvier 1898 dans L’Aurore. On a tout ce qui fait l’intellectuel ici : un grand écrivain, Emile Zola, une cause politique, l’Affaire Dreyfus, et  une diffusion très large du message, ici via un quotidien à grand tirage. 

Dès l'origine, la figure de l'intellectuel est brocardée par une partie de la droite nationaliste. Drumont y voit une "oligarchie", Barrès des "déchets". Autre critique, fondamentalement différente, celle de Julien Benda qui dès 1927 dans "La trahison des clercs" dénonce durement les intellectuels qui trop engagés dans les querelles idéologiques auraient perdu leur place, au-dessus de la mêlée pour éclairer les consciences. Il prône pour un retrait de l’intellectuel du champ de l’engagement partisan.

Le siècle des intellectuels

Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne sera pas vraiment écouté. On a parlé des intellectuels antifascistes des années 1930, on pourrait parler de Brasillach ou de Drieu la Rochelle basculant dans la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Et après la Seconde Guerre mondiale, la figure de l’intellectuel est pratiquement confisquée par la gauche. "Les compagnons de route", ces intellectuels qui accompagnent le Parti communiste, son soutien à l’URSS et la haine de l’impérialisme américain dominent le paysage intellectuel national. Et dans ce monde, une figure se dégage évidemment, celle de Jean-Paul Sartre, qui voulait, je le cite que "les intellectuels et le peuple ne fassent plus qu’un".

Face à Sartre, se lève son ancien compagnon de Normale Sup, Raymond Aron, avec qui il se fâche en 1947. Raymond Aron revient en 1977 sur leur rupture et sur la cécité de son ancien ami.

Il [Jean-Paul Sartre] déteste tellement la société bourgeoise, et il n'a pas vu que la société soviétique comportait toutes les tares de la société bourgeoise, plus un certain nombre de tares supplémentaires. Et il l'a fait à l'époque du stalinisme 

Raymond Aron

La crise des intellectuels

L’effondrement du communisme et finalement des grandes idéologies marque le début, non de la disparition, mais de l’affaiblissement de la figure de l’intellectuel dans le débat public. On est entré depuis une trentaine d’années dans une ère de profonde défiance envers les intellectuels accusés d’avoir aveuglé le peuple dont ils devaient censément ouvrir les yeux, accusés ensuite pour certains d’entre eux, les plus médiatiques, de servir les pouvoirs en place pour conserver la leur de place, et aujourd’hui accusés d’appartenir aux élites tant décriées, d’où la difficulté peut-être de les intégrer dans un débat national qui s’est construit à un moment de rejet des élites.

L’occasion certainement pour les intellectuels, s’ils parviennent à trouver la bonne distance vis-à-vis du pouvoir, de revenir au cœur du débat politique.    

Vous êtes à nouveau en ligne