Erasmus au chevet d'une Europe malade

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La Commission européenne avait proposé il y a un an, en mai 2018, un doublement du budget d’Erasmus pour la période 2021-2027. Le Parlement européen est allé encore plus loin aujourd’hui en proposant de le tripler, pour parvenir à 45 milliards d’euros sur toute la période concernée. Il faut dire que l'heure est grave.

Pour comprendre ce qui se joue autour d'Erasmus, il faut remonter aux origines du programme, en 1987. Avant même son adoption, par le Conseil européen en juin, Gérard Druesne, président de l’Université Nancy II et spécialiste de la construction européenne disait : "Erasmus, c'est une proposition que la Commission européenne a transmise en 1986 au Conseil des ministres pour adoption et qui a pour objet de faire en sorte que soit augmenté massivement le nombre des étudiants qui chaque année effectue dans un autre État membre de la Communauté une partie de leurs études". 

Un programme qui s'inscrit dans un contexte de relance du projet européen

On est à un moment important de la construction européenne qui après des années de surplace est dans une phase de relance très ambitieuse. L’année précèdent en 1986, sous l’autorité de Jacques Delors, président de la Commission, a été signé l’Acte Unique qui ouvre la voie au marché unique qui doit naître en 1992, et qui implique une disparition réelle de tous les obstacles à la circulation.  

Et parmi ces obstacles, il y a la circulation des étudiants mais pas seulement. Jacques Delors est un Européen convaincu, convaincu que l’Europe ça ne peut pas être qu’un grand marché. Qu’il faut aussi développer une conscience européenne, une "âme" comme il aimait à le dire. Cela passe au milieu des années 1980 par l’adoption d’une série de symboles d’appartenance à l’Europe communautaire. En deux ans, en 1985 et 1986, on se dote du passeport européen, d’une journée de l’Europe le 9 mai, d’un drapeau,12 étoiles sur fond bleu et bien sûr d’un hymne, le dernier mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven.

Et ce sentiment européen, il passe aussi par la rencontre entre les jeunesses européennes, via donc le programme Erasmus. Le choix du nom en référence bien sûr à Erasme et à l’humanisme traduit bien la volonté de reconstruire un espace culturel commun, au côté d’une construction de plus en plus technocratique.  

Des moyens longtemps pas à la hauteur de l'ambition

Ce projet adopté en 1987 manque cependant rapidement de moyens pour parvenir à ses objectifs qu’on a vus très ambitieux. La France qui a toujours été motrice de ce projet, qui a toujours envoyé le plus d’étudiants Erasmus a beaucoup œuvré pour augmenter les moyens, notamment François Mitterrand en septembre 1992 juste avant le référendum sur le traité de Maastrich.  

L'un des combats principaux que je mène depuis des années, c'est de presser mes collègues de la communauté européenne d'accorder davantage de moyens à ce programme. La France se bat pour ça. Elle finira pas obtenir raison

François Mitterrand

3 septembre 1992

Finalement, c’est vraiment aujourd’hui que la France obtient raison pour reprendre les mots de François Mitterrand en 1992.

Reste tout de même qu'en une trentaine d’années, neuf millions de jeunes européens, et pas seulement des étudiants, ont profité d’Erasmus, devenu Erasmus + entre temps. Et 83% d’entre eux se sont sentent plus Européens à leur retour !

Et c’est bien là ce qui se joue aujourd’hui. A une heure où le projet européen est attaqué de toute part, la relance d’Erasmus apparaît être, comme à son origine en 1987, un excellent moyen d’enraciner le sentiment européen. Il est temps.

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