Cent ans plus tard, les poilus nous parlent

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Ce sont des voix que l’on pensait perdues à jamais. Les voix des poilus. Mais les voilà qui resurgissent d’entre les morts. Des milliers de voix patiemment collectées en Allemagne, parmi les prisonniers. Des voix collectées dans un but scientifique. 

Des enregistrements à desseins ethnologiques et lingustiques

Les voix sont enregistrées sur des disques très lourds à partir d’octobre 1915, quand une équipe de linguistes et d’ethnologues allemands fonde, la Commission phonographique prussienne. Et pour les études ethno-linguistiques, la commission dirigée par le linguiste Wilhelm Doegena va profiter de la présence de milliers de prisonniers de guerre étrangers, présents dans une trentaine de camps, pour les enregistrer.

Vous voulez en écouter un ? Voici, Jean Beauseigneur, né dans le Bas-Rhin en 1891. Cette archive date du 14 janvier 1918…Tendez l’oreille…

La Première Guerre mondiale et la langue française

Outre la qualité de la qualité d’enregistrement, on peine à comprendre ce qu’il dit…Sacré accent !  

Mais encore parle-t-il en Français à une époque où beaucoup de soldats parlaient surtout le patois. La première guerre mondiale marque d’ailleurs une étape majeure dans la diffusion de la langue française, non pas à l’écrit, mais justement à l’oral ! Le mélange des jeunes français venus de tout le territoire et même d’outre-mer oblige à utiliser le français, comme langue commune. Et s’il y a certains poilus qui répondent aux Allemands en patois sur les enregistrements de la première guerre mondiale, dans l’histoire de la langue française, le conflit marque véritablement une rupture.  

Voix réels, voix symboliques  

Ces enregistrements nous disent que les poilus ont existé, que ce sont des hommes de chair et d’os, c’est aussi ce que la voix procure, une proximité très émouvante. Sur le fond, les enregistrements ne sont pas extraordinairement signifiants. Les Allemands ne voulaient entendre qu’une langue étrangère, et ne voulaient pas documenter la vie de l’époque ou l’état d’esprit des poilus. Ils se contentent de décliner leur identité…

Mais la voix des poilus on la connaît d’une autre manière, par les lettres envoyées et récemment l’objet d’une nouvelle collecte, et bien sûr par les textes littéraires, écrits dès le conflit ou dans l’immédiat après-guerre, loin de la propagande de l’héroïsme, à l’image tels Le Feu d’Henri Barbusse dès 1916 Les Croix de bois de Roland Dorgelès en 1919, ou en Allemagne : Orages d’acier, le journal de guerre d’Ernst Jünger (en 1921). Et comment oublier bien sûr, la « voix » des Poilus, Maurice Genevoix, qui entrera au Panthéon avant 2020, et qui écrivit dès 1916 deux témoignages, Sous Verdun et Nuits de guerre.

Voix réels ou voix symboliques, en ce centenaire, non le Poilu n’est pas oublié.

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