"Cancer", cette métaphore adorée des politiques

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Cancer de la société, cancer du chômage, cancer du terrorisme... Cette métaphore s'est imposée dans les discours politiques. Métaphore parlante mais ô combien stigmatisante pour des millions de malades.

En 1981, le Premier ministre Pierre Mauroy parle de "cancer du chômage ", en 1982, c'est le "cancer du terrorisme " qu'évoque Robert Badinter et en 1983, le porte-parole du gouvernement Max Gallo s'emporte contre le "cancer du racisme ". Ainsi, cette métaphore est déclinable sur tous les fléaux du début des années 1980.

Il y a trente ans, c'est une métaphore parlante, d'autant plus cette maladie plurielle tue encore énormément de malades : au début des années 1980, seul un cancer sur quatre est vaincu.

Dans le discours politique, parler de cancer c'est donc parler d'une menace mortelle qui doit être prise très au sérieux, et qui exige un traitement lourd pour pouvoir éventuellement, par bonheur, être vaincue.

Aujourd'hui, la médecine a fait de très nombreux progrès dans la lutte contre le cancer. Désormais, c'est un cancer sur deux qui est vaincu et pourtant, force est de constater que la métaphore est toujours bien présente de le vocabulaire politique. Ainsi, en 2011, pour Laurent Wauquiez, "L'assistanat est le cancer de notre société " ;  à la tribune de l'ONU en septembre 2014, Barack Obama qualifie de cancer l'organisation Etat islamique avec ces mots :

"Nous allons agir tous ensemble pour rejeter le cancer de la violence extrémiste. "

Et plus récemment encore, au lendemain des attentats de Paris, Marine Le Pen déclarait :

"Le fondamentalisme islamiste est le cancer de l'Islam "

La métaphore du cancer s'adapte donc très bien aux maux du temps présent, et cela alors que la maladie se soigne de mieux en mieux. Le mot reste dans la bouche des hommes politiques le synonymes du mal terrible, du mal absolu.

Aujourd'hui se tient la journée mondiale de lutte contre le cancer et un récent sondage a montré que la maladie est la plus crainte par les Français. Aussi, ne serait-il pas temps de cesser de stigmatiser des millions de malades qui porteraient en eux le symbole même du mal ?

 

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