"Ça me fait toujours marrer mais ici je suis considéré comme chanteur intellectuel" : quand l'Amérique découvre Aznavour

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Célèbre aussi aux États-Unis, Charles Aznavour, décédé lundi à l'âge de 94 ans, avait reçu en 2017 une étoile sur le célèbre Walk of Fame à Los Angeles pour "sa formidable carrière d'auteur compositeur interprète international". Les États-Unis où il triomphe à Broadway.

Charles Aznavour s'est éteint dans la nuit de dimanche à lundi 01 octobre dans sa maison de Mouriès (Bouches-du-Rhône), à l'âge de 94 ans. Le chanteur, auteur compositeur et interprète aux plus de 70 ans d'une carrière internationale s'était aussi rendu célèbre aux États-Unis. En août 2017, Charles Aznavour reçoit ainsi son étoile sur le mythique Walk of Fame à Hollywood, signe d’une reconnaissance américaine que peu de chanteurs français ont reçue. Et pourtant, tout a commencé dans la difficulté. En 1948, à seulement 24 ans et avec son complice Pierre Roche, il s’envole pour les États-Unis afin d’y rejoindre Edith Piaf qui les a remarqués deux ans plus tôt, et qui, elle, triomphe outre-Atlantique. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Bien des années plus tard, en 1980, il revient sur ses premiers pas aux États-Unis : "Le Café Society c'était en 48, une aventure insensée parce qu'on ne savait pas un mot d'anglais, on n'avait pas d'argent, on n'avait pas de visa et on ne connaissait personne à New York, sauf Piaf qui n'y était pas !"

Ils nous ont mis en prison, puis on est sorti à un moment donné et on a fait les auditions. La première c'était au Café Society et ils nous ont engagés

Charles Aznavour (1980)

"Ça c'est arrêté cinq semaines après. On n'a pas trouvé d'autre contrat et on est tombé sur le Canada où on est restés 40 semaines dans la même maison." C’est donc au Québec qu’il signe un long contrat dans un cabaret. Mais le succès n’est pas vraiment au rendez-vous et Charles Aznavour baisse les bras. Il songe à s’installer à Montréal et à vivre, plutôt chichement, de son art.

De la "tournée des universités" aux planches de Broadway 

Mais Edith Piaf le convainc de rentrer à Paris, sûre de son talent. Il ne remettra les pieds que quinze ans plus tard aux États-Unis, en 1963, à l’occasion d’un concert au mythique Carnegie Hall de New-York. Une salle pleine, malgré une grève des journaux, remplie il est vrai de nombreux Arméniens et de Français. Aznavour ne se contente pas de cette soirée, aussi réussie soit-elle. Il sait que le succès ne viendra vraiment et durablement que s’il parvient à aller se faire connaître des Américains, et notamment des jeunes, ceux qui plus tard pourront se payer une place au Carnegie Hall ! C’est ainsi qu’en 1967, il fait une tournée très originale aux États-Unis, "la tournée des universités" : 14 universités, 14 salles remplies de 2 000 à 3000 étudiants. Pugnace, courageux et doté d’un solide sens des affaires, "Little Charles" comme l’appellent les Américains, se construit ainsi son succès.

Le triomphe arrivera au début des années 80. En 1983, Aznavour passe plusieurs semaines à Broadway et se présente avec humour comme un produit français qui marche en Amérique à une époque où c’est plutôt l’inverse qui se produit : "La découverte d'un produit étranger finalement, et surtout d'une manière de chanter française est toujours un coup de point dans ce pays et l'a toujours été. On plaît ou on plaît pas mais c'est toujours un coup de poing. Le seul risque c'est de venir pas en forme, avec un mauvais tour de chant où des chansons qu'ils n'ont pas envie d'entendre, il faut faire très attention à ça. Ça me fait toujours marrer, mais ici je suis considéré comme chanteur intellectuel."

"Un poète, séducteur, chanteur extraordinaire"

Le succès ne se dément plus, même si Aznavour est plus reconnu que connu aux États-Unis. Reconnu par ses pairs Sammy Davis Jr. et Franck Sinatra avec qui il fera un duo en 1993 dans les murs du mythique studio Capitol Records, ou encore Liza Minnelli avec qui il chantera à Paris en 1995 au Palais des Congrès. Liza Minnelli qui aura des mots très justes lors d’un nouveau triomphe du grand Charles à Broadway en 1998 : "Il est le plus extraordinaire poète, séducteur, chanteur et il est la voix du peuple". C’était en octobre 1998, six mois après la mort de Franck Sinatra. Aznavour était alors qualifié de "dernier chanteur". Il le demeurera encore deux décennies. Lui, l’homme courageux : "Tout d'un coup, il faut tout recommencer, il faut épeler son nom dans les hôtels, dans les restaurants, au téléphone. Il faut redébuter et il faut le courage de le faire", avait-il expliqué à l'époque.

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