Histoire de folles rumeurs. Le tract de l'Institut Gustave Roussy contre l'additif E330

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L'additif E330 serait cancirégène. Une information qui proviendrait de l'Institut Gustave Roussy, centre de lutte contre le cancer à Villejuif. Tout le monde y croit en 1976 et encore récemment avec un député qui a ranimé cette rumeur. 

Voilà une rumeur parfaite, qui fonctionne à fond, parce qu’elle renforce les certitudes. Tout commence en 1973 (arrêté du 16 novembre) qui impose la présence des additifs sur les emballages des aliments. Pensées pour plus de transparence, ces indications bizarres bien au contraire effraient. En 1976, sur le modèle des chaînes d’amitié, se diffusent dans les hôpitaux et les écoles une liste que l’on appelle très rapidement le “tract de Villejuif”, puisque prétendûment émanant de l’Hôpital de Villejuif, l’Institut Gustave Roussy, en pointe dans le traitement des malades de cancers depuis plusieurs décennies. Cette liste, que dit-elle ? Que certains de cette très longue série d’additifs sont cancérigènes et donc à éviter absolument.

L’E330 est notamment ciblé

Le professeur Tubiana, éminent cancérologue de l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, raconte comment il a entendu parler pour la première fois de cette liste. Dans son cabinet, en 1976, un patient s’étonne d’être malade alors qu’il a scrupuleusement suivi les recommandations de la liste. Mais quelle liste ? Et parce que cette rumeur est potentiellement dangereuse pour la santé publique, l’État tente très rapidement de la circonscrire. Le 21 septembre 1976, l’Institut national de la consommation diffuse un message à la télévision, mais comme souvent, la parole délivrée par l’autorité ne suffit pas. Outre l’État, les médecins ont beau rire en lisant la liste des additifs cancérigènes, la rumeur n’a jamais cessé de ressurgir depuis. Régulièrement une liste ressort, sous une forme modernisée, mais identique sur le fond, et à chaque fois les mêmes démentis. Récemment c’est même un député engagé dans la question de la sécurité sanitaire des aliments qui l’a agitée lors d’une émission de télévision sur France 5, avant de devoir s’excuser de son erreur. Mais il y a cru et il y a cru parce que la liste le confortait dans ses certitudes. Et c’est bien là l’un des vecteurs puissants des rumeurs. Une rumeur marche très souvent quand elle fait plaisir à celui qui la diffuse. 

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