1914-1918, franceinfo y était. 9 février 1916 : Le théâtre aux armées

Les poilus assistent à un spectacle donné par les comédiens professionnels de la Comédie-Française.
Les poilus assistent à un spectacle donné par les comédiens professionnels de la Comédie-Française. (PHOTO12 / AFP)

Cent ans après la Première guerre mondiale, franceinfo raconte les événements clés de 1914-1918 comme s'ils venaient de se passer. Aujourd'hui, "Le théâtre aux armées".

Le théâtre au plus près du front. C’est une véritable première qui a lieu au Crocq, au nord de Beauvais. Les poilus ont bénéficié d’un spectacle donné par des comédiens professionnels. Et pas n’importe lesquels, puisqu’il s’agit de ceux de la Comédie-Française. La maison de Molière a monté une troupe itinérante : le Théâtre aux Armées. Grégoire Lecalot, vous avez la chance d’assister à la première représentation. Comment cela va-t-il se passer ?

Eh bien nous attendons tous ici que le soir tombe. Nous, c’est-à-dire les comédiens et les soldats qui sont massés dans la cour de cette grande ferme où la maison de Molière a posé ses tréteaux. En fait, les comédiens vont se produire dans une des grandes granges à fourrage que l’on peut voir de chaque côté. À l’intérieur, il y a un décor peint. Et c’est un poilu qui l’a fait, a précisé l’état-major pour souligner que les soldats avaient participé.

Ils sont là depuis quelques heures pour certains. Ils attendent en silence de découvrir ce divertissement d’un genre nouveau. Cela les changera des petits spectacles plus ou moins improvisés qu’ils se donnent entre eux habituellement. On voit leurs casques qui se découpent dans les phares des automobiles garées là pour éclairer la scène, entourée de guirlandes et de drapeaux.

Les poilus, je peux vous le dire, sont enchantés de cette représentation. Ce sont les troupes coloniales du général Bonnière qui ont la chance d’assister à cette première représentation du Théâtre aux Armées. "C’est un vrai plaisir", me disait tout à l’heure un jeune soldat. Pour beaucoup, ce sera aussi une première, car nombre d’entre eux n’ont jamais vu une pièce de théâtre de leur vie.

Les comédiens n’ont-ils pas trop le trac ?

On ne sait pas, ils se sont retirés dans leur loge. Rien à voir avec les boudoirs du Palais-Royal à Paris. Là, il s’agit de la salle basse de la ferme où le fermier, sa femme et ses fils leur ont donné l’hospitalité. Ils ont eu un peu de mal à venir jusqu’ici, me confiait tout à l’heure Émile Fabre, l’administrateur général. Car leur circulation dans la zone de front est très réglementée : ils doivent voyager en groupe avec des sauf-conduits, et ils sont contrôlés très régulièrement.

Mais tous ces tracas sont maintenant derrière eux, à quelques minutes du lever de rideau. On a vu des larmes d’émotion sur le visage de Julia Bartet, la "divine Bartet", qui est du voyage malgré ses 61 ans. Béatrix Dussane, 28 ans, qui est la cadette de la troupe, assurait tout à l’heure qu’elle n’oublierait jamais cette soirée. Elle a passé la tête par le rideau il y a quelques instants. Et je peux vous dire qu’on l’attend avec ferveur et impatience ici. L’émotion est partagée.

Et pardon pour l’indiscrétion : j’ai pu avoir quelques informations sur le programme. Il y aura des airs d’Offenbach, des poèmes, des scènes comiques et puis bien sûr du Molière, puisque c’est sa troupe. Bref, un programme de pièces courtes qui se terminera par une Marseillaise qui, je peux vous le garantir, nous donnera des frissons.

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