1914-1918, franceinfo y était. 29 décembre 1915 : Les munitionnettes au travail

Des Bretonnes en plein travail, dans une usine d\'armement à Brest.
Des Bretonnes en plein travail, dans une usine d'armement à Brest. (HULTON ARCHIVE / GETTY IMAGES)

Cent ans après la Première guerre mondiale, franceinfo raconte les événements clés de 1914-1918 comme s'ils venaient de se passer. Aujourd'hui, "Les munitionnettes au travail".

Et si les femmes étaient les égales des hommes dans le travail ? Question qui semble saugrenue aujourd’hui, mais les munitionnettes et autres obusettes pourraient bien ouvrir cette voie. Depuis quelques mois, elles sont de plus en plus nombreuses dans les usines. Elles remplacent les maris, les frères partis sur les champs de bataille. Elles ont répondu présent à l’appel lancé par le président du Conseil René Viviani en août dernier, au tout premier jour de la guerre. Sébastien Baer, vous êtes chez Renault à Boulogne-Billancourt, mais l’usine bien connue de tous ne présente plus tout à fait le même visage...

Effectivement... La sensation que j’ai eue en arrivant à l’usine était assez étrange, comme si j’entrais plutôt dans un atelier de couture. À tous les postes de la chaîne de montage pratiquement il y a des femmes, souvent en robe. Le responsable de l’atelier me disait tout à l’heure qu’environ un employé sur cinq désormais est une femme, ce qui représente 20 % de la main-d’œuvre, alors que l’année dernière, au tout début de la guerre, elles n’étaient que 7 % à travailler chez Renault. Cette féminisation des effectifs s’accompagne parfois de quelques moqueries de la part des collègues masculins.

C’est vrai aussi que le travail des femmes n’est pas nouveau dans ce département de la Seine : le taux de féminisation dans l’industrie était déjà de près de 28 % l’an dernier. La grande première dans cette usine, c’est que des femmes exécutent désormais des tâches qui étaient jusqu’à présent réservées aux hommes. Et il y a une véritable dynamique : l’un de ces femmes me confiait tout à l’heure qu’elle avait convaincu deux de ses amies de se présenter au bureau d’embauches.

Ces ouvrières remplissent-elles des tâches assez simples, comme on peut le supposer ?

Détrompez-vous, ces femmes sont aux machines, aux manœuvres. Elles exécutent exactement les mêmes tâches que les hommes. C’est de l’industrie de guerre, et ces ouvrières passent de longues heures penchées sur les chaudières en ébullition, à contrôler, à fabriquer les obus. C’est un travail harassant... Les obus Shrapnel sont fondus à 800°C ; imaginez la fournaise... Elles en manipulent en moyenne 2 500 par jour, ce qui fait que chacune d’elles soulève quotidiennement l’équivalent de 35 tonnes. Il y a en plus souvent des projections d’eau et d’huile bouillante. C’est un travail épuisant mais qui a le mérite d’être mieux payé que les métiers féminins traditionnels et qui permet à de nombreuses femmes qui doivent seules nourrir leur famille de vivre, tout simplement.

Ces femmes sont-elles vraiment traitées comme les hommes ?

Sur le plan du travail, oui. Elles n’ont aucun traitement de faveur, quinze journées de travail puis quinze nuits en alternance. Souvent dix à onze heures de travail quotidien, debout au milieu des chaînes d’assemblage. La plupart des ouvrières que j’ai rencontrées ont moins de 30 ans, mais elles en paraissent souvent beaucoup plus ; elles vieillissent prématurément. Elles n’ont guère de contrepartie financière quand bien même ce travail leur permet de mieux gagner leur vie que si elles étaient commerçantes, fleuristes ou couturières. Et ce même si elles sont rémunérées en moyenne 30 % de moins que les hommes. C’est en tout cas grâce au courage de ces femmes qu’un grand nombre d’ouvriers a pu se rendre sur le front. Le général Joffre leur a d’ailleurs rendu hommage en déclarant : "Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre."

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