Sivens : les images des anti-barrage pour témoigner de la montée des violences

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Photos, vidéos, témoignages écrits ou sonores : les opposants au chantier sur la zone du Testet produisent et rassemblent des éléments qui attestent de la dégradation du conflit avec les forces de l'ordre.

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Après la mort dimanche d'un militant, Rémi Fraisse, un autre débat s'est ajouté à celui du maintien du chantier du barrage de Sivens. Celui de la violence des échanges entre les forces de l'ordre et les opposants, dont certains occupent le site de Sivens depuis près d'un an. Pour en témoigner, les collectifs d'opposants au projet, dont le sort dépend désormais de la décision mardi du gouvernement, s'appuient sur des photos et des vidéos qu'ils produisent eux-même.

Parmi ces vidéos, on trouve beaucoup de scènes brutes et d'autres qui sont des montages plus éditorialisés. De nombreuses scènes d'affrontement, des menaces lancées par les deux camps, des échanges souvent brefs entre opposants et gendarmes. On entend aussi quelquefois les sons des grenades ou des "attention, on filme" . Ces vidéos mises en ligne depuis plusieurs mois, et plus régulièrement depuis plusieurs semaines, témoignent à leur façon de la montée en puissance de la violence dans la ZAD (Zone A Défendre) du Testet.

 

La vidéo comme preuve

Début octobre, cette scène est filmée à l'intérieur d'une caravane lors d'une expulsion d'opposants. On voit et entend un gendarme compter jusqu'à trois puis jusqu'à huit. Une grenade est jetée, des cris s'ensuivent. Une militante de 25 ans, blessée à la main et en arrêt maladie jusqu'à la fin novembre a déposé plainte ce vendredi pour "violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par une personne dépositaire d'autorité publique avec usage ou menace d'une arme".

 

La vidéo mise en ligne sur Youtube fait partie des pièces rassemblées par son avocate. Si les anti-barrage du Sivens accumulent photos, vidéos et témoignages sonores, c'est à la fois pour raconter leur version des faits mais aussi être en mesure de pouvoir ressortir ces preuves devant la justice. Un des collectifs d'opposants, "Tant qu'il y aura des bouilles", a constitué il y a plus d'un an une "Legal Team" qui s'occupe "problèmes liés à la ZAD en rapport à la justice", soit principalement des autorisations, des arrestations et des plaintes.

Après le décès de Rémi Fraisse, sensiblement tué par une grenade offensive, les quatre membres actuels de cette équipe ont adressé un appel à témoignages pour toutes les personnes qui ont vu le jeune homme samedi ou qui étaient près de la zone du drame de samedi 16h jusqu'à dimanche. Interrogée par France Info, une femme "nomade" de 22 ans, qui préfère rester anonyme, affirme recevoir plus de témoignages et de photos. Quant aux vidéos, ils sont en contact avec l'équipe "Auto-media", la matière étant plus sensible.

"Ce sont des fichiers qu'il faut savoir protéger et préserver. On se met en lien avec eux pour qu'ils puissent nous donner une des nombreuses versions de leurs preuve de manière à ce que cela soit transmis à l'avocate. Certains groupes "auto-média" préfèrent agir directement sans passer par nous ", explique-t-elle. "Cette captation de vidéos amateurs sensibilise le public et évite aux militants le parole contre la parole, qui est le risque quand on s'affronte aux forces de l'ordre. La parole du policier contre la parole du militant" , ajoute Clément Mabi, doctorant à l'université de technologie de Compiègne.

"Auto-média"

Derrière ces photos, ces vidéos réalisées sur place, c'est l'idée d'un "auto-média" produit en dehors des médias traditionnels. Un collectif de la "zone à défendre" de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes en apporte une définition : "la volonté d'auto-gérer nos propres médias (...) Pour le libre arbitre et pour une autre vérité".

Pour Clément Mabi, qui suit la mobilisation en ligne des opposants au second aéroport de Nantes tout comme celui des opposants au premiers déboisements dans la zone humide au Testet, la "convergence des luttes" se manifeste aussi dans leur façon de communiquer, de s'organiser et de revendiquer leurs opinions. En ce sens, les militants anti-barrage se caractérisent par "une plus grande maîtrise des outils numériques".

"C'est un meilleur contrôle de leur image. Il y a une volonté de faire contrepoids aux médias traditionnels et de montrer avec des vidéos réalisées par les acteurs eux-même comment les forces de l'ordre se comportent quand les médias ne sont pas là" , estime-t-il.

Pour le chercheur, ces documents contribuent eux aussi à faire de l'opposition au barrage du Testet une cause d'intérêt national et plus seulement local. "Pour qu'un conflit d'aménagement du territoire puisse prendre de l'ampleur, il doit concerner d'autres gens que les locaux. Les manifestants cherchent à créer un rapport de forces et à ouvrir, et là l'image joue un rôle. On va davantage mobiliser sur la cause que sur le projet ciblé à l'origine".

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