Comment une application cherche à résoudre des cas médicaux complexes

L'application Figure 1, qui vient d'être lancée en France, est une sorte d'Instagram pour médecins. A partir de photos, les médecins peuvent demander l'avis de leurs confrères sur leurs patients.

Des mains tâchées, des lésions de la peau, des saignements ou un sein droit défiguré par une tumeur. A première vue, l'application Figure 1 peut surprendre, voire effrayer. Et l'on se demande pourquoi les images les plus explicites ne sont pas assorties d'un avertissement à destination des yeux les plus sensibles. Dans les commentaires, les termes sont aussi pour le moins étrangers au commun des mortels.

Figure 1, application lancée il y a un an et demi et utilisée par plus de 150.000 professionnels de la santé , se veut une plateforme de téléchargement de photos qui servent de point de départ à une discussion entre confrères. L'intelligence collaborative pour mieux renseigner ses patients ou informer la communauté médicale de cas complexes et/ou rares de manière quasi-immédiate.

"L'élément le plus intéressant est la discussion. La photographie est seulement l'élément déclencheur", renchérit Joshua Landy, médecin dans une unité de soins intensifs à Toronto et co-fondateur de Figure 1 interrogé par France Info à l'occasion de la mise en ligne de l'application en France et en Allemagne après l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni.

Joshua Landy finissait ses études de médecine à la prestigieuse université californienne de Stanford lorsqu'il a mené une étude sur l'utilisation professionnelle des smartphones par de jeunes médecins. Il a alors remarqué que des docteurs partageaient des photos de cas intéressants.

A mi-chemin entre Instagram et Wikipédia

"J'ai alors voulu protéger la confidentialité des patients figurant sur ces images et aussi essayer de constituer des archives de l'imagerie médicale", raconte-t-il. Si Figure 1 n'a pas établi de statistiques des parties du corps les plus partagées ou discutées, Joshua Landy estime que des images de problèmes de peau ou issues de scanner et d'IRM sont les plus fréquentes.

Pour Jacques Lucas, cardiologue et vice-président du Conseil national de l'ordre des médecins, la logique de partage d'informations au sein de la communauté médicale a toujours existé mais elle est simplifiée à l'ère du numérique. "Autrefois, un médecin qui voyait une lésion allait regarder dans des tables d'images pour rapprocher les deux images. Aujourd'hui, plutôt que d'aller consulter lui-même et seul, l'espace numérique peut permettre de poser une demande de confirmation ou de précision à une communauté de professionnels".

 

Protection de données confidentielles

Néanmoins, "cela n'a pas été créé pour être un outil de diagnostic. Si vous êtes un médecin généraliste et que vous êtes face à un problème cardiaque, il est préférable de demander des conseils directement à un confrère cardiologue. Figure 1 n'est pas un substitut", nuance Joshua Landy.

Si l'application est gratuite et ouverte à tous, seuls les professionnels de santé peuvent télécharger des photographies. Leur identité est vérifiée en amont. Par ailleurs, l'application a plusieurs outils pour anonymiser les patients dont les données confidentielles sont partagées. Premièrement, les patients doivent donner leur accord à leur médecin. L'algorithme de l'application détecte les visages qui sont alors bloqués et c'est aux utilisateur de flouer tout détail spécifique au patient comme des tatouages. Une équipe de Figure 1 finalise le processus de modération. "Nous ne validons pas d'images choquantes sans intérêt médical comme celles avec beaucoup de sang ou issues de scènes de crime ou d'accident. Quelquefois, nous nous fions aussi à la façon dont les légendes sont écrites", ajoute Joshua Landy.

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