Français du monde. La France a-t-elle vraiment lâché le Cambodge ?

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C'est depuis dix ans l'économie la plus dynamique de toute l'Asie et pourtant la plupart des grandes entreprises françaises l’ont quittée, regrette Thierry Téa. L'entrepreneur y investit tous azimuts et constate l'offensive commerciale des Chinois dans l'ancien protectorat français.

Son parcours force le respect. Directeur de la filiale d'Airbus Helicopters aux Philippines à 27 ans, Thierry Téa monte ensuite sa propre société de jets  privés. Depuis Singapour, il investit aujourd'hui au Cambodge : agriculture, distribution, numérique, immobilier, audit, comptabilité et bien sûr aviation.

"J'ai voulu aller sur des secteurs d'activités différents, comme font les grands groupes ici en Asie, témoigne le Français, ils créent des conglomérats dans beaucoup de secteurs d'activités différents, avec des synergies. J'ai une vision à 20-30 ans. Quand mes enfants auront fini l'école, ils auront un portefeuille diversifié, ils choisiront les actifs les plus stratégiques". Précisions ici que les deux enfants en question n'ont que encore que... deux et quatre ans !

Comme au Monopoly, depuis Singapour, il tente donc de flairer les bonnes affaires pour y prendre des parts. Thierry Téa possède aujourd'hui des actions dans une vingtaine de sociétés : des plantations de vanille à une startup française spécialisée dans les retours d'achats en ligne, et dernièrement, les cosmétiques et les produits de beauté.

"L'erreur qu'on a faite au début, reconnaît-il, c'est de ne regarder que le business plan. On y va et on se plante ! Parce que souvent les fondateurs ne sont pas assez structurés. Dès qu'ils ont de l'argent, c'est champion du monde ! Ils brûlent tout l'investissement. Alors que le commerce, c'est monter des équipes, donner des objectifs et les atteindre".

Angkor Vat, ensemble de temples qui constitue un lieu de pélerinage mondialement connu, au Cambodge, photographié le 22 décembre 2015. 
Angkor Vat, ensemble de temples qui constitue un lieu de pélerinage mondialement connu, au Cambodge, photographié le 22 décembre 2015.  (ERIK DE CASTRO / REUTERS )

Mangues et noix de cajou

Symboliquement, Thierry Téa, grandi à Paris, est venu investir sur la terre de ses aïeux, au Cambodge, adressant au passage un coup de griffe à son pays d'adoption.

La France avait une très bonne place stratégique ici pendant des années. Aujourd'hui, c'est la Chine qui en profite et investit massivement. Elle va avoir deux nouveaux aéroports et travaille sur des autoroutes et des trains. Ce sont des contrats que la France aurait pu avoir

Thierry Téa

La carrière d'un entrepreneur est plus rapide en Asie

Fils et petit-fils de réfugiés cambodgiens, Thierry Téa a dû passer par un prêt à la banque pour financer sa grande école de commerce parisienne. Il a aussi appris de ses échecs. Recalé deux fois en Chine et en Australie, c'est aux Philippines, à 23 ans, qu'il prend son envol : 

"Le directeur est parti au bout d'un mois, se souvient-il. Je l'ai finalement remplacé. On m'a dit 'pour vendre des hélicoptères en Asie, il faut avoir des cheveux blancs et ne pas être soi-même asiatique'. J'ai frappé à toutes les portes et j'ai réussi à vendre mon premier appareil en cinq mois. Ça a débouché sur mon emploi." 

Parti d'Airbus en 2012 pour créer sa propre société d'aviation

Aujourd'hui le Français sourit des réactions à l'époque autour de lui : "J'étais dans les jeunes talents, ma carrière était déjà tracée, tout le monde, même mes parents, personne n'a compris. J'avais déjà atteint mes objectifs, avec 20 ans d'avance sur ce que je pensais. Aujourd'hui, ceux qui m'avaient dit "tu es fou de partir !" se sont tous faits virer d'Airbus. Faire carrière dans un grand groupe aujourd'hui, c'est moins à la mode qu'avant".

Auréolé de ses succès, Thierry Téa continue d'avancer et d'investir, entre une plantation de mangues, une usine de noix de cajou, et une autre de transformation de riz pour l'Afrique, que dirige son épouse au Cambodge. Une histoire de famille.   

Lui écrire : thierry.tea@negociagroup.com

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Retrouvez cette chronique sur le site de la mobilité internationale Français à l'étranger.fr

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