"Faux dur", "vrai soumis"... Les invectives politiques contre Éric Zemmour, un procédé efficace ?

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Tous les soirs, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité.  

La potentielle entrée en campagne d'Éric Zemmour en vue de la présidentielle en avril 2022, fait beaucoup parler en ce moment. La chaîne de télévision CNews a annoncé lundi 13 septembre que le polémiste ne participerait plus à l'émission quotidienne "Face à l'Info"

Cette supposée candidature inquiète à tel point que plusieurs responsables politiques en viennent aux invectives pour tenter de lutter contre Éric Zemmour. Par exemple, mardi 14 septembre, le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, était matin l’invité du 8.30 franceinfo. Il a déclaré :"Je pense qu'Éric Zemmour c'est un faux dur, vous savez ce sont les gens qui prétendent toujours avoir des solutions et vivent de ces rengaines, de ces coups de menton. Je pense que sous le faux dur, se cache le vrai soumis." L’attaque est d'une surprenante agressivité, d’autant qu’elle n’est absolument pas argumentée. Mais Jean-Baptiste Djebbari cherche à retourner comme un gant les qualités dont son adversaire s’enorgueillit, pour les lui jeter au visage. Éric Zemmour prétend dénoncer la soumission à l’islam et à l’immigration : ce serait lui, en réalité, le vrai soumis.

Et il n’est pas le seul à lancer ce type d’attaque. Invité de l'émission C ce soir sur France 5, Benoît Hamon, le candidat socialiste à la présidentielle de 2017, n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. "Honnêtement Éric Zemmour, il transpire la trouille. IL TRANSPIRE LA TROUILLE par tous les pores de la peau. Je vois, moi, un petit être peureux qui aujourd'hui effectivement, avec beaucoup d'agressivité, développe des thèses incroyables. Franchement c'est un délabrement absolue de la pensée", a-t-il déclaréIl faut préciser qu’avant ce passage, Benoît Hamont avait déployé des arguments. Mais ici, il se laisse aller à une brochette d’injures : "Il transpire la trouille, un petit être peureux, un délabrement de la pensée". Sur le fond, il s’agit là encore d’un renversement argumentatif : le polémiste se présente en résistant courageux contre l’envahisseur et ce serait lui, en réalité, qui serait un trouillard.

Un procédé inaudible pour les partisans d'Éric Zemmour

La stratégie est claire mais aux yeux des électeurs potentiels d’Éric Zemmour, cela a peu de chance d’être efficace. Il y a une règle simple en rhétorique : pour qu’une injure atteigne sa cible, il faut qu’elle entre en résonance avec les opinions et les ressentis des auditeurs.

Quand Jean-Baptiste Djebbari et Benoît Hamon déploient ce type de disqualifications, ils se font plaisir, et ils font probablement plaisir à leurs électeurs. Mais aux yeux de ceux qui apprécient Éric Zemmour, ceux qui considèrent qu’il est effectivement un résistant courageux, ces injures sont totalement hors de propos, et se retournent contre leurs auteurs, quelles frappent d’opprobre.

Pire encore, en ciblant le polémiste avec une telle virulence, ces orateurs le place comme une cible à abattre, comme un homme dangereux, et contribuent donc à renforcer l’image même qu’ils prétendaient vouloir déconstruire. En somme, cela abouti à l'effet inverse de celui recherché.

Une stratégie longtemps utilisée contre le FN

Pendant des décennies, les responsables politiques de gauche comme de droite ont prétendu combattre le Front national en se contentant d’éructer "raciste, fasciste, raciste, fasciste". La stratégie était déjà modérément efficace quand Jean-Marie Le Pen parlait des chambres à gaz comme d’un "détail de l’histoire", mais elle est devenue contre-productive face à la rhétorique lissée de Marine Le Pen.

Peut-être, donc, serait-il temps de tirer les leçons du passé, et de rompre définitivement avec la paresse des invectives. Ceux qui affirment vouloir lutter contre le Rassemblement national et Éric Zemmour n’y parviendront que d’une seule manière : en combattant pied à pied sur le terrain des arguments et des idées.

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