En route vers Paris 2024. Le double projet du sportif

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Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, revisite l’actualité olympique en vue des Jeux de Paris en 2024.

Le sportif s’entraîne. Le sportif participe à de nombreuses compétitions. Il connaît des phases de doute, d'euphorie. Il peut se blesser ou grimper sur les plus hautes marches du podium.

Il y a un quotidien du sportif moins connu pour le grand public

Une majorité d'athlètes en équipe de France étudient ou travaillent en vue d'une reconversion. Être performant sur les terrains de sport et en salle de classe, on appelle cela assurer son double projet. Les fédérations sportives sont en général assez vigilantes sur ce sujet et recrutent au sein de leurs structures des sportifs qui ont un projet scolaire défini.

Au sein de l'INSEP, l'institut national du sport, qui regroupe un grand nombre de disciplines olympiques, il y a un collège, un lycée et une université avec 32 formations. Une majorité de ces études concernent le sport mais il existe aussi des formations dans le journalisme, le management ou le commerce.

Le CNED, avec la formation à distance, reste une autre alternative. De grandes écoles ont aussi ouvert leurs portes aux athlètes. On peut par exemple citer l'INSA à Lyon, une des pionnières dans le genre, l'école de kinésithérapie de Saint Maurice, l'ESCP, Sciences Po ou l'école de management à Grenoble.

Des carrières ou des études impossibles ?

Cependant, un grand nombre de formations ou d'écoles ont du mal à faire preuve de souplesse et d'agilité pour s'adapter au calendrier du sportif. C'est pour elles, tout un système qu'il faut repenser, adapter. L'université doit comprendre que l'athlète sera moins souvent en cours, que parfois il passera des semaines à l'étranger pour des compétitions. Pour éviter toute jalousie ou incompréhension de la part des autres élèves, le corps enseignant doit aussi être formé pour intégrer ce type de profils plus atypiques.

Aujourd'hui, les études de médecine ou de droit restent des formations difficiles à suivre. Certains athlètes s'y essaient et mettent leur carrière en pause sans promesse d'un retour au plus haut niveau.

Le parcours de Titouan Renvoisé illustre très bien la difficulté d'assurer son double projet. Cet athlète est champion du monde juniors de cyclisme sur piste. A 18 ans, il a quitté le pôle France, car pour lui, en continuant les entraînements à haute intensité, le prix à payer était trop risqué pour sa vie professionnelle.

Quelle vie après le sport ?

Les progrès sont encore nombreux pour l'intégration des sportifs dans les universités. Pour intégrer une entreprise, le parcours est tout aussi laborieux. Une majorité d'entrepreneurs continue encore de découvrir ce qu'est un sportif de haut niveau, ses challenges, ses entraînements bi-quotidien, son calendrier de compétitions à travers le monde.

Évidemment, (cela serait trop simple), il n'existe pas un parcours commun chez les sportifs dans leur recherche d'un travail. Certains ne font rien à côté car ils ont réussi à trouver un sponsor qui assure leur fin de mois. Beaucoup se tournent vers des métiers du sport ou de la santé. Le tout est de trouver une entreprise qui s’adapte à l’emploi du temps du sportif.

Les enjeux sont nombreux

Pour le sportif, c’est une quête évidente d’équilibre et d’épanouissement. Alors que le sportif peut parfois être autocentré sur ses objectifs, ses performances, ses entraînements, intégrer une entreprise offre la possibilité de s’aérer la tête en dehors des salles de sport.

Un tel équilibre peut s'avérer difficile à trouver. Le sportif est parfois entouré d'interlocuteurs aux enjeux contradictoires : entre un entraîneur qui peut vous demander une présence quotidienne à la salle et un entrepreneur qui connaît si peu du quotidien du sportif de haut niveau.

Une telle expérience permet dans le même temps d’assurer sa reconversion car si une carrière sportive s’arrête en moyenne vers 35 ans, il y a une seconde vie à préparer. Malheureusement, encore aujourd'hui beaucoup de sportifs multi médaillés mondiales ou olympiques se retrouvent à l'arrêt de leur carrière sans diplôme ou promesse d'avenir et avec l'absence des entraînements à haute intensité pour animer leur journée.

L’entreprise est un réel acteur pour apprendre au sportif à vivre dans son entité, à s'adapter à ses codes, à répondre aux attentes de ses managers.

Le sportif apporte son expertise, sa gestion des challenges, des émotions. Il peut ouvrir le regard de toute une équipe sur sa discipline et l'originalité de son quotidien. Accueillir un sportif au sein de son établissement peut créer un réel sentiment d'appartenance à l'ensemble des salariés, comme si le sportif défendait à travers le monde, à travers les différents championnats, les couleurs de l'entreprise.

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