En route vers Paris 2024. Le carnet de notes

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, est en pleine sélection pour les JO de Tokyo, des Jeux aujourd'hui reportés à 2021. Elle nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un athlète de haut niveau.

Cette semaine, on met en lumière un objet très utile depuis le début de ma carrière : le carnet de notes.

Preuve que je ne suis peut-être plus toute jeune, les pages d'un huitième carnet de notes s'ouvrent pour ce début d'année. J'en ai un en permanence avec moi. Un dans le vestiaire, et un autre tout près de ma housse de compétition. Ce dernier, en raison de la crise sanitaire, n'a pas vu ses pages se faire écorner depuis mars 2020.

Les carnets de notes sont un très bon allié. J'y dépose mes sensations, mes objectifs du jour, les points à améliorer. Ils peuvent être techniques, tactiques, physiques, comportementaux ou mentaux.

Un carnet de bord

Depuis 2006, je recense toutes mes sensations et réflexions. Il est fascinant de voir l'évolution, de sentir, qu'avec de l'expérience, on n'est plus la même athlète. Il est tout aussi intéressant de s'inspirer de ce qui marchait quand on était jeune, et de se replonger dans les tourments, les joies et les peines d'antan.

Comme un peintre peut avoir un carnet de croquis, ce carnet me sert de béquille pour la mémoire. Car l'objectif consiste à ne pas perdre la science et le savoir capté lors d'un entraînement. Il est quasiment impossible de se rappeler de tous les enseignements et sensations touchés, ressentis lors d'une séance. Même à l'entraînement, on peut passer par de la transe, de la crispation, par un relâchement et une lucidité extrême. Noter les chemins empruntés pour garder une trace et décharger l'esprit est, pour moi, indispensable.

Tout le monde peut avoir son type de carnet

Vous avez déjà dû voir des entraîneurs, notamment dans les sports collectifs, ouvrir un petit bloc-notes en plein match pour vérifier la tactique.

Encore plus fou, du côté du football américain, on voit souvent des quarterbacks porter des cahiers de jeu au niveau du poignet. Sous forme de bande élastique, ils apposent des annotations résumant quelques stratégies ou combinaisons de l'équipe. Tout est codé. Pour l'adversaire, espionner le poignet ne sera d'aucune aide, mais cela s'avère être un pense-bête utile, si jamais la pression fait vaciller les idées du quarterback.

Une autre stratégie originale de carnet vient d'un gardien de football de Norwich City en division anglaise. Il avait noté sur sa gourde toutes les tendances de tirs des joueurs adversaires à l'heure des penaltys. Une anti-sèche bien pensée car le gardien a arrêté deux tirs et permis à son équipe de remporter le match.

Je n'ai encore jamais vu un escrimeur sortir son carnet de jeu sur la piste ou en chambre d'appel et je ne sors que très rarement le carnet avant un match. Un peu à l'image de la récitation en poésie. À ce moment là, juste avant de rentrer en piste, je fais confiance à la répétition, j'ai assez révisé, je connais la poésie.  À moi de laisser parler la magie du corps et de vivre pleinement l'instant du combat.

Vous êtes à nouveau en ligne