En route vers Paris 2024. Encadrer la parole du sportif

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Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, vient d'être sélectionnée pour les JO de Tokyo. Elle nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un athlète de haut niveau.

"Tout individu a le droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ces opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre sans considération de frontières les informations et les idées par quelque moyen que ce soit." Ce paragraphe représente l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Pourtant, lors de la période des Jeux, pour tous les participants, la règle 50 de la charte olympique prend le dessus. Cette règle annonce qu'"aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique".

Autrement dit, poser un genou à terre pour soutenir le mouvement Black Lives Matter, comme ont pu le faire, il y a quelques semaines, les joueurs et l'arbitre de football lors de la finale de la Ligue des champions, lors des Jeux c'est tout simplement impossible.

Quelles sanctions en cas de manquement à cette règle ?

C'est vraiment du cas par cas. Cela peut être un simple rappel à l'ordre ou un retrait de l'accréditation. Lors des Jeux, l'accréditation est encore plus précieuse que notre carte d'identité. Elle nous permet d'entrer au village, au self ou de pouvoir se déplacer à la salle d'entraînement et à la salle de compétitions.

En 2014, lors des Jeux d'hiver, les athlètes de ski acrobatique s'étaient vus refuser le port d'un brassard en hommage à une de leurs collègues décédée quelques temps avant la compétition. Autre exemple, à Rio, aux Jeux de 2016, après la victoire du Brésil lors du tournoi de football, Neymar avait célébré ce succès avec un bandeau sur la tête où était écrit "100% Jesus". Le CIO avait simplement jugé un dérapage personnel et avait prôné une approche éducative afin d’éviter à l’avenir des gestes semblables.

Où certains voient un contrôle de la parole de l'athlète, on peut aussi comprendre que cette règle permet au sport d'être plus fort que les conflits. Plus de 200 pays sont présents aux Jeux avec son lot de tensions internationales. Cette bulle de paix, cette bulle apolitique durant les Jeux permet une trêve des conflits entre pays.

Finalement, on nous demande de la retenue depuis un moment, entre les gestes barrières ou les compétitions annulées. Donc, cette retenue dans nos opinions ne m'effraie pas. D'autant plus si elle permet de rassembler les individus dans une meilleure harmonie.

Aux Jeux olympiques de Mexico en 1968, les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos lèvent leurs poings pour protester contre les inégalités raciales.  
Aux Jeux olympiques de Mexico en 1968, les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos lèvent leurs poings pour protester contre les inégalités raciales.   (EPU/AFP)

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