En route vers Paris 2024. D'adversaires à partenaires

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Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, est en pleine sélection pour les JO de Tokyo. Elle nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un athlète de haut niveau.  

Les sabreurs du monte entier attendaient ce week-end depuis un an. Après l'individuel de samedi, ce dimanche 14 mars aura lieu la Coupe du monde par équipe de Budapest, en Hongrie.

Pour être escrimeur en Coupe du monde, il est important d'avoir une petite part de schizophrénie. En l'espace d'une nuit, les athlètes passent d'un objectif individuel, où chacun est aux commandes de sa routine, de son échauffement, de son comportement sur la piste, à un objectif d'équipe où tous les choix pris vont impacter directement les trois partenaires.

Des partenaires qui, la veille, lors de l'épreuve individuelle, étaient vos adversaires. Car même si on porte les mêmes couleurs, suivant le tirage au sort, les Françaises, les collègues de travail, sont, au même titre que les étrangères, des adversaires.

Tout est différent

Comme si ce n'était plus le même sport, tout est différent lors d'une épreuve par équipe. C'est ce changement que j'aime le plus dans mon sport. Quand l'intérêt individuel se transforme en intérêt collectif.

Dès le petit déjeuner, on sent l'atmosphère se transformer. On est plus à l'aise de parler de ses doutes, de ses craintes. Il y a aussi un côté très tactile dans mon équipe, où on a besoin de se sentir proches physiquement, par une tape sur l'épaule, une poignée de main, une accolade.

On prend le temps d'échanger beaucoup plus. Tactiquement déjà. Chacune va livrer ses astuces pour piéger l'escrimeuse adverse. Techniquement, on n'hésite pas à demander une grande précision à nos collègues, car une multitude de touches se passent dans les détails, lors d'un tel événement.

Un format spectaculaire

C'est le format d'une rencontre par équipe qui veut ça. Le match se passe en 45 touches avec neuf relais de cinq touches, où tout le monde se rencontre. Ainsi, même si un de vos relais se passe mal, rien n'est fini. Vous pouvez faire un deuxième relais incroyable. Votre partenaire peut rattraper le retard. Cela donne souvent lieu à des remontées fantastiques qui font frissonner beaucoup de monde.

Même depuis un gradin, en tant que spectateur, c'est impressionnant. On sent la pression sur les épaules de l'athlète en piste. On sent un sac à dos plus lourd sur ses épaules. Car, quand il met et prend des touches, c'est aussi pour ses partenaires. Quand il tient son sabre, il tient aussi les rêves et les ambitions de tout un collectif.

Pour demain, j'ai une pensée toute particulière pour les sabreurs français car ils vont avoir un sac à dos majestueux et très lourd à soulever. C'est leur dernière chance de pouvoir se qualifier pour les Jeux de Tokyo. S'ils se classent devant les Russes, ils iront à Tokyo.

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