Peu à peu, la Turquie s'éloigne de l'Union européenne

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En Turquie, cela fait 20 ans que le pays est officiellement candidat à l'adhésion à l'Union européenne. Dans la population, l'enthousiasme des débuts a laissé place au pessimisme, voire au désintérêt.

L'immense majorité des Turcs n'a même pas entendu parler des élections européennes. Cela vaut pour la campagne comme pour les résultats, auxquels la plupart des journaux n’ont consacré qu’un entrefilet dans leurs pages intérieures.

"Je ne pense pas que notre opinion ait la moindre importance"

Il y a quelques années, les éditorialistes turcs auraient au moins pris le temps de commenter la progression des populistes eurosceptiques. Mais force est de constater que les Turcs ont la tête et le cœur ailleurs. La réaction d’Umut, un étudiant rencontré dans les rues d’Istanbul, résume très bien le mélange de résignation, de désintérêt et de rancœur que ressentent beaucoup de Turcs quand on leur parle d’Europe. Umut s’étonne qu’on lui demande encore s’il est "pour ou contre" l’adhésion de son pays à l’UE : "Franchement, est-ce que ça dépend de nous ? Je ne pense vraiment pas que notre opinion ait la moindre importance, ni pour les dirigeants turcs, ni pour les européens", a déclaré l'étudiant turc. 

La candidature de la Turquie pour intégrer l'Union européenne n’avance plus depuis des années. C’est même le seul constat partagé par Ankara et par Bruxelles. Et pourtant, personne ne semble prêt à déclarer forfait le premier. En effet, le pays de Recep Tayyip Erdogan ne cesse de s’éloigner des normes et des valeurs de l’Union européenne. Dans son rapport d'évaluation la Commission européenne déplore un sérieux recul en termes de valeurs fondamentales.

Mais le président turc, qui fustige régulièrement l’Europe à des fins de politique intérieure, refuse de couper les ponts. Il refuse d’être celui qui mettra fin le premier aux négociations. Pour Uluç Özülker, ancien ambassadeur de Turquie auprès de l’UE, c'est parce que Recep Tayyip Erdogan n'a pas le choix : "Même le gouvernement actuel, plus islamiste que jamais, dit que l’UE est l’objectif final. Quelle est l’alternative ? Quelles seront les conséquences si la Turquie rompt ses relations ? Un rapprochement encore plus profond avec la Russie, est-ce préférable ?", s'inquiète l'ancien ambassadeur de Turquie auprès de l'UE.

UE / Turquie : je t'aime moi non plus ?

Reste que la Turquie a peu d’espoirs de faire progresser sa candidature sous cette nouvelle législature européenne. Juste avant la fin de son mandat, en mars, le précédent Parlement européen avait réclamé la suspension des négociations d’adhésion d’Ankara. L’appel n’a pas été suivi d’effets car pour l’instant, l’Union européenne se refuse elle aussi à tourner le dos à la Turquie. Sans doute pour ne pas s’aliéner ce grand pays dont elle a besoin politiquement et économiquement. Pour illustrer ce paradoxe, l’ambassadeur Uluç Özülker compare la Turquie à un "os". Un os que l’Europe n’arriverait ni à avaler, ni à recracher...

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