Jeûne du Ramadan en Tunisie : un mois de la galère pour les non pratiquants

Le mois de ramadan vient de commencer en Tunisie. Pour la plupart des Tunisiens, c’est le début d’un mois de fête, placé sous le signe de la religion et célébré en famille. Mais pour certains, ceux qui ne sont pas musulmans, qui ne croient plus en Dieu, ou tout simplement ne pratiquent pas, c’est trente jours de galère ou de débrouille afin de trouver un café ou un restaurant ouvert.

Cela est plus facile en Tunisie que dans la plupart des pays arabes de ne pas jeûner, c'est indéniable. Cela dit, dans le pays, presque tous les cafés et les restaurants ferment pendant la journée tout le long du mois. Les magasins et les bars ont l’interdiction de vendre de l’alcool. Il est impossible de savoir combien de Tunisiens pratiquent le jeûne du Ramadan, mais on estime que plus de 95% de la population est musulmane. Dans ce contexte, il est très mal vu de manger ou de boire en public pendant la journée, et il est presque impossible d’acheter de l’alcool, sauf dans certains hôtels, si on a l’air d’être un touriste de passage. L’an dernier, et à plusieurs reprises depuis la révolution, quelques cafés ou restaurants ont été fermés par la police. Autre cas, plus exceptionnel, un homme a été condamné à trois mois de prison avec sursis parce que des policiers l’ont arrêté avec de la bière dans le coffre de sa voiture.

Que dit la loi tunisienne sur la consommation d'alcool ?

Pour ce dernier exemple, les juges ont condamné ce jeune homme pour atteinte à la pudeur. La loi tunisienne interdit de vendre de l’alcool à des musulmans mais elle n’est pas spécifique au Ramadan. D’ailleurs, dans les faits, elle est en contradiction avec la constitution tunisienne, qui garantit la liberté de conscience, et elle n’est pas vraiment appliquée. En ce qui concerne, les cafés et restaurants, aucune loi ne leur interdit d’ouvrir. Il existe peut-être une circulaire qui incite les policiers à fermer les cafés mais on ne connaît pas son contenu exact, et elle n’aurait pas de valeur devant un tribunal tunisien.

Malgré la pression sociale, les non-croyants, ou ceux qui ne peuvent pas jeûner, cherchent malgré tout où ils peuvent déjeuner ou prendre un café dans la journée. La tâche n’est pas facile, car souvent les commerces n’indiquent pas sur Internet s’ils sont ouverts ou non. A cela s'ajoute que les cafés qui ouvrent collent du papier journal ou du carton sur leurs fenêtres pour que la salle ne soit pas visible depuis la rue, par respect pour ceux qui pratiquent le jeûne.

Comment les Tunisiens s’organisent pour savoir quels cafés sont ouverts ?

Tout s'organise via les réseaux sociaux. Certains ont créé un groupe Facebook, "Fater", c’est-à-dire ceux qui ne jeûnent pas. Dessus, ils partagent toutes leurs adresses de cafés et de restaurants qui servent à manger et à boire avant la rupture du jeûne. Le groupe est fermé, il faut demander à l’un des membres pour pouvoir y entrer. Mais il n’est pas secret : un message d’introduction vous avertit que vos amis peuvent voir que vous en faites partie. Lundi, une internaute a profité de l’existence de cette page pour dire tout le mal qu’elle pensait des contradictions de la fête du Ramadan, qui fait grimper les prix de la nourriture, accentue les inégalités, le gaspillage, et parfois le stress et l’agressivité des gens, selon elle. Mais le message a ensuite été retiré. Les opposants les plus farouches au Ramadan ont aussi leurs groupes Facebook, mais ils sont généralement secrets, pour préserver l’anonymat mais aussi pour éviter de créer des tensions trop importantes entre croyants et non-croyants.