En Tunisie, une famille a pu faire retirer une partie de son nom héritée de l'esclavage

Après trois ans de combat judiciaire, une famille tunisienne vient de remporter une victoire tout simplement historique sur le passé esclavagiste du pays : retirer le nom "Atig" de son nom de famille, qui fait référence au passé esclavagiste du pays.

L'histoire commence ainsi : Hamdane Atig Dali, 81 ans, originaire de Djerba, noir, réclame de retirer le nom Atig de son nom de famille. "Atig" qui signifie "affranchi par, libéré par". C’est l’héritage du passé esclavagiste du pays qui rejaillit. L'esclavage a été aboli en 1846 en Tunisie, plusieurs Tunisiens, noirs, en portent encore les traces dans leur nom, dans le sud du pays particulièrement.

Hamdane Atig Dali et son fils Karim, âgé de 39 ans, diplômé d’un master en anglais et réceptionniste dans un hôtel, ne supportent pas ce stigmate. En 2017, ils demandent au tribunal de la ville de Medenine de pouvoir enfin s’en débarrasser.

Déboutés deux fois avant d'avoir gain de cause

Père et fils ont d’abord été déboutés à deux reprises. Alors, lorsque les ONG de lutte contre la discrimination et le racisme ont pu annoncer cette victoire juridique, elles ont exulté. L'avocate qui s'est emparée du dossier s’est appuyée sur une nouvelle loi relative à l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, votée il y a deux ans. Cette loi a marqué une étape très importante pour la Tunisie post révolution de 2011. Une immense victoire là aussi de la société civile qui se démenait pour que cette loi puisse être votée. Le 14 octobre dernier, avec le jugement rendu en faveur des deux hommes, on passe de la théorie au concret.

Une nouvelle bataille est remportée, mais pas la guerre. "Ce jugement, c’est un jugement historique pour aussi encourager les familles noires pour se présenter à leur tour devant la justice", selon Zied Rouin, coordinateur de l'association Mnemty qui lutte contre le racisme et les différentes formes de ségrégations.

Pour moi, c’est une motivation. Le combat continue car il y a des cimetières pour les noirs, des cimetières pour les blancs. C’est notre prochaine bataille.

Zied Rouin, association Mnemty

à franceinfo

Tout reste à faire en Tunisie. Il faut aussi lutter contre les nouvelles formes d’esclavage, ces femmes subsahariennes que de riches Tunisiens enferment, et utilisent du matin au soir pour récurer leur maison et s’occuper de leurs enfants.


Tout reste à faire, mais la société civile tunisienne est fermement déterminée à faire appliquer cette loi de 2018. Après avoir changé le destin de cette famille de noirs tunisiens, ils espèrent changer celui aussi des subsahariens.

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