En Tunisie, Nadia Khiari, icône de la liberté d'expression, célèbre les dix ans de la révolution en dessins

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

La dessinatrice satirique publie ce mercredi "Willis from Tunis, 10 ans et toujours vivant !", un ouvrage célébrant le soulèvement populaire déclenché le 17 décembre 2010 et la fin du régime de Ben Ali.

La Tunisie s’apprête à fêter les 10 ans de sa révolution. Le 17 décembre 2010, un jeune vendeur ambulant s’immolait par le feu déclenchantune vague de contestation populaire qui toucha tout le Maghreb et le Proche-Orient. Un soulèvement durant lequel la dessinatrice de presse Nadia Khiari s'était fait connaître. Celle qui est devenu une icône de la liberté d’expression, publie, mercredi 2 décembre, le livre satirique Willis from Tunis, 10 ans et toujours vivant!.

"J'en avais gros sur la patate"

"Willis", c’est ce chat qu’elle dessine pour la première fois le 13 janvier 2011. À ce moment-là, le président tunisien Ben Ali prononce un énième discours à la télévision. Il tente - en vain - de calmer la rue qui manifeste depuis un mois. Nadia Khiari rêve de faire du dessin de presse depuis toujours. Mais, du temps de Ben Ali, c’est un trop grand risque. Pourtant, ce soir-là, portée par cet élan populaire historique, elle fait son premier dessin et le publie sur les réseaux sociaux. "Willis from Tunis" naît à ce moment-là : "Ça faisait un bien fou de pouvoir m'exprimer, de pouvoir témoigner. J'avais quoi ? 36, 37 ans pendant lesquels j'ai fermé ma gueule donc j'en avais gros sur la patate." Depuis ce fameux 13 janvier 2011, Nadia Khiari dessine tous les jours ou presque. Willis from Tunis est devenu, dans la capitale tunisienne, l’emblème de la satire révolutionnaire.

Dans la préface du livre, le dessinateur Plantu souligne le courage de cette femme. "Je dessine avec ma cervelle, et non selon mon sexe", lui répond assez vite Nadia Khiari. Mais oui, Plantu dit vrai, la dessinatrice fait preuve d’un courage remarquable. Dans ces dessins, drôles, cinglants, tout y passe : la place de la femme, certes, mais elle s’en prend aussi aux islamistes, aux nostalgiques de l’ancien régime, à toute la classe politique en fait. Par exemple, lors d'une scène qu'elle situe six mois après le départ de Ben Ali, elle dessine quatre chattes faisant la ronde, dansant et chantant : "promenons-nous, dans les bois pendant que le barbu n’y est pas. S’il y était, il nous lapiderait".

Comme bon nombre d’intellectuels et d’artistes, Nadia Khiari a subi des menaces. Des fatwas même entre 2012 et 2014, durant les années les plus tendues. Mais Nadia Khiari n’a pas peur. Tout simplement parce que ce sentiment, elle l’a vécu trop longtemps durant la dictature et que la peur paralyse. Or, il faut, estime-t-elle, se battre pour conserver l’un des rares acquis de la révolution: la liberté d’expression.

Vous êtes à nouveau en ligne