En Tunisie, la parole des femmes se libère pour dénoncer le harcèlement sexuel

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Le hashtag #EnaZeda ("moi aussi") a été lancé entre les deux tours de l'élection présidentielle.

La Tunisie sort tout juste d'une période électorale électrique, le nouveau président tunisien Kaïs Saïed prête serment mercredi 23 octobre. Et ces élections ont déjà un mérite inattendu : celui d'avoir libéré la parole des femmes.

L'histoire commence en pleine campagne des élections législatives, qui se déroule entre les deux tours de l'élection présidentielle. Un homme est photographié par une bachelière de 19 ans. La jeune femme affirme que l'homme la poursuivait. Sur l'image, on voit l'individu pantalon baissé, en train de se masturber. Lui dément, assure qu'il est diabétique et qu'il a dû uriner d'urgence.

Les photos circulent à toute vitesse sur les réseaux sociaux et dans la presse, le parquet ouvre une enquête. Ce que la jeune femme ignorait, c'est que l'homme qu'elle a photographié et dénoncé sur les réseaux sociaux est un député fraîchement élu. Dans la foulée, la version tunisienne du #MeToo est lancée, avec #EnaZeda, qui signifie "moi aussi" en arabe.

Témoignages sur les réseaux sociaux

Les témoignages se succèdent. Sur Twitter, Aya écrit : "Je travaille jour et nuit pour acheter une voiture et ne plus prendre les transports publics de m**** où tous les psychopathes ne cessent de harceler les filles, les femmes et même les vieilles." Zoé, 18 ans, se rappelle une autre anecdote : "Le chauffeur de taxi me touche les cuisses, les mains, le visage, je pleurais en lui demandant d'arrêter. J'ai sauté du taxi et j'ai couru aussi vite que j'ai pu. J'étais terrorisée." Selma dit : "A 15 ans, j'ai commencé à prendre un couteau dans mon sac avant de prendre le bus pour le lycée, pour tuer le prochain qui allait me toucher. A 16 ans, je me suis détestée de ne jamais avoir osé sortir mon couteau et j'ai fait une dépression."

Souvent, les jeunes femmes assurent qu'elles n'osent pas écrire le pire. Selon plusieurs études, plus de la moitié des femmes sont victimes de violences dans les espaces publics en Tunisie. Seules 3% des victimes de harcèlement sexuel osent porter plainte.

Arsenal législatif

La Tunisie a pourtant un arsenal de lois bien plus avancées que dans le reste du monde arabe, avec par exemple la loi de 2017 contre les violences faites aux femmes. Les condamnations pénales ont été revues à la hausse. La loi condamne même le harcèlement sur les réseaux sociaux. Le problème reste que son application est très aléatoire.

Les associations tunisiennes et la société civile assurent qu'elles ne lâcheront pas. D'autant que le contexte s'y prête : ce nouveau hashtag (#EnaZeda) a mis en lumière la problématique du harcèlement sexuel dans l'élection présidentielle. Les associations veulent que leur nouvelle classe politique ne se contente pas de légiférer mais fasse ensuite en sorte que les lois soient appliquées.

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