En Pologne, le gouvernement promet... des camions de pompiers pour inciter à voter (et si possible pour le président sortant)

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A trois jours du premier tour de l’élection présidentielle, le match s’annonce serré entre le chef de l’État sortant, Andrzej Duda, et le maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski. Le gouvernement use de tous les moyens pour favoriser la réélection du président.

Le ministère de l’Intérieur polonais vient de lancer une campagne nommée "la bataille pour les camions". Dans chacune des 16 régions polonaises, la commune de moins de 20 000 habitants qui se sera le plus mobilisé, qui aura le meilleur taux de participation au premier tour de la présidentielle, dimanche 28 juin, recevra… un camion de pompiers flambant neuf, offert par le ministère de l’Intérieur.

Le but, sur le papier, est louable : encourager au vote en offrant un bien que les petites communes ont souvent du mal à payer. Mais en fait, c’est une stratégie du pouvoir en place. Il s’agit de gonfler le score du président sortant, Andrzej Duda, parce que sa base électorale, celle qui vote le plus pour lui, se trouve là, dans ces campagnes et ces petites villes.

"Une façon de corrompre indirectement l’électorat"

Cela ressemble donc à une forme de clientélisme. Cette campagne du ministère de l’Intérieur a été critiqué par l’opposition. L’ex-premier ministre socialiste Leszek Miller a regretté qu’un bien servant à sauver des vies soit utilisé à des fins politiques. Un journaliste de la chaîne d’informations TVN24 ironise : "Au second tour, vous promettrez quoi à la ville qui se mobilisera le plus ? Un respirateur ?"

"C’est une façon de corrompre indirectement l’électorat, analyse Ben Stanley, un professeur de sciences politiques à l’université SWPS de Varsovie. Ils le présentent comme une opération pour booster la participation. Mais ces camions ne sont réservés qu’aux petites communes, où le président sortant réalise ses meilleurs scores. C’est encore une initiative prise dans la panique, la précipitation. Le gouvernement craint que les électeurs dans ces zones n’aillent pas voter."

C’est aussi une preuve que le pouvoir n’est pas à l’aise. La campagne électorale ne se passe pas comme il l’avait prévu.

Ben Stanley

à franceinfo

Depuis quelques semaines, en effet, il y a une certaine panique dans le camp du pouvoir. L’élection semblait jouée d’avance, mais finalement, le nouveau candidat libéral Rafal Trzaskowski talonne sérieusement Andrzej Duda. Il pourrait même le battre au second tour selon des sondages. Alors, le président sortant a prononcé des propos violents à l’égard des LGBT ces derniers jours, comme les ténors de son parti l’avaient fait avant les européennes et les législatives de l’an dernier.
Sauf que là, la stratégie ne fonctionne pas. Duda plafonne dans les sondages, et il sent de plus en plus le souffle de son rival sur son épaule.

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