En Corée du Sud, une querelle sur l'histoire avec le Japon rejaillit sur l'économie

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Une nouvelle guerre commerciale, high-tech et discrète, s’ouvre entre le Japon et la Corée du Sud : sur fond de contentieux sur les crimes de guerre commis lors de la Seconde Guerre mondiale, Tokyo vient d’infliger des sanctions économiques à Séoul.

À partir du jeudi 4 juillet, les exportations en Corée du Sud de trois produits chimiques complexes, fabriqués presque exclusivement au Japon et nécessaires à la fabrication d’écrans, de semi-conducteurs et de smartphones, sont restreintes par le gouvernement japonais. La mesure frappe ainsi une industrie vitale pour l’économie sud-coréenne.

Ces sanctions sont des mesures de rétorsion prises à la suite de la décision de la Cour suprême coréenne d’obliger des entreprises japonaises à indemniser des ouvriers sud-coréens soumis au travail forcé pendant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation japonaise. Tokyo nie qu’il s’agit de représailles, mais sans convaincre grand-monde.

Des conséquences économiques pour les deux pays

Les analystes estiment que les "pertes pour l’industrie coréenne des semi-conducteurs et des écrans seront inévitables". Et comme les constructeurs coréens de puces électroniques, tels que Samsung et SK Hynix, représentent plus de 70% de la production de la planète, l’impact pourrait être mondial.

Mais l’effet des sanctions pourrait n’être que temporaire : la Corée du Sud a déjà annoncé qu’elle envisageait d’investir 760 millions d’euros pour produire elle-même ces composants chimiques. En 2010, quand le Japon avait été frappé par la Chine de sanctions limitant ses importations de terres rares, nécessaires pour son industrie électronique, ses entreprises avaient trouvé des moyens de remplacer leurs fournisseurs chinois. Tokyo risque donc de se tirer une balle dans le pied ; et ses représailles commerciales visant Séoul pourraient nuire à sa propre économie.

Un différend diplomatique sur l'histoire

La Corée du Sud accuse toujours le Japon de ne pas faire suffisamment acte de contrition pour les crimes commis pendant la colonisation, de 1910 jusqu'à la capitulation du Japon, en août 1945. Le Japon ultra-nationaliste du Premier ministre Shinzo Abe estime lui s’être suffisamment excusé dans le passé. En octobre, la Cour suprême sud-coréenne a condamné l’aciériste japonais Nippon Steel à indemniser quatre Sud-Coréens pour travail forcé pendant la guerre. Mais Tokyo assure que cette question des compensations a déjà été réglée par un traité bilatéral signé en 1965. Les relations s’enveniment depuis.

Le problème est aggravé par le désintérêt des Etats-Unis pour la question : dans le passé, Washington accourrait à chaque dispute pour rappeler ses deux alliés militaires au calme, au nom des intérêts stratégiques communs. Mais l’Amérique de Donald Trump ne joue plus ce rôle d’intermédiaire pacificateur.

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