En Corée du Sud, les objecteurs de conscience accros aux jeux vidéo de guerre sont considérés comme des tricheurs

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Les autorités sud-coréennes cherchent des moyens de mesurer la sincérité des objecteurs de conscience. 

Un objecteur de conscience qui refuse d’effectuer son service militaire pour raisons religieuses ou idéologiques peut-il tout de même jouer à un jeu vidéo de guerre ? C’est la question très sérieuse que posent les autorités sud-coréennes, qui cherchent à évaluer la sincérité des objecteurs de conscience.

Pendant des décennies, la Corée du Sud a refusé de reconnaître les objecteurs de conscience. Le service militaire, qui dure jusqu’à 21 mois, était obligatoire pour tous les hommes, sans exception. Mais l’année dernière, en juin et en novembre, la Cour suprême a jugé que la foi religieuse était une raison valable pour refuser la conscription. De nombreux objecteurs de conscience se sont manifestés et pour éviter la triche, les autorités ont déclaré qu’elles allaient vérifier leur sincérité en regardant, entre autres, s’ils jouent régulièrement à des jeux vidéo de guerre. "Il faut examiner leur vie privée. Vérifier s'ils vont à la messe est une méthode. Vérifier leur historique aux jeux de tirs en est une autre", a ainsi expliqué un responsable à la chaîne américaine CNN. Une méthode très critiquée par plusieurs associations, qui estiment qu’il n’y a aucun lien entre jeux vidéo et le maniement de véritables armes.

19 000 objecteurs emprisonnés depuis 1953

Ce n’est pas la première controverse liée à l’objection de conscience en Corée du Sud. Pendant des décennies, le service militaire était considéré comme le devoir sacré de chaque Sud-Coréen, nécessaire pour assurer la sécurité nationale face à l’ennemi nord-coréen. Les objecteurs de conscience, souvent des témoins de Jéhovah, étaient jetés en prison. Ce que dénonçaient les ONG de défense des droits de l’Homme comme Amnesty International, qui assure que 19 000 de ces objecteurs ont été emprisonnés depuis la fin de la guerre, en 1953.

Mais l’élection, en mai 2017, du président Moon Jae-in, un ancien avocat des droits de l’Homme, a changé la donne. En 2018, la Cour suprême a reconnu le droit de refuser la conscription pour des raisons religieuses. Une décision qui a provoqué un déluge de critiques, notamment venues du camp conservateur et nationaliste, qui estime que la sécurité du pays est menacée.

Sauf que les alternatives proposées ensuite aux objecteurs de conscience font aussi l’objet de controverses. L’opposition conservatrice a par exemple déposé un projet de loi qui proposait d’envoyer les objecteurs déminer des champs de mines pendant 44 mois, c’est-à-dire le double de la durée du service militaire.

Quant au ministère de la Défense, il a annoncé en décembre que les objecteurs de conscience iraient travailler dans des prisons pendant trois ans. Une alternative aussitôt critiquée et jugée trop restrictive par des organisations de défense des droits civiques. Après avoir été occulté pendant des décennies, le grand débat sur l’objection de conscience en Corée du Sud vient juste de commencer.

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