En Allemagne, des pavés en hommage aux victimes de la Shoah

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Depuis 1992, l'artiste Gunter Demnig installe devant d'anciens domiciles de victimes du nazisme des pavés recouverts d'une plaque de laiton en leur mémoire.

En Allemagne, des pavés sur les trottoirs en hommage aux victimes du nazisme. Ce combat pour la mémoire, l'artiste Gunter Demnig le mène aux quatre coins de l'Europe depuis 1992. En se baladant à Berlin, il peut arriver de buter sur des plaques dorées posées au sol. Appelées "Stolpersteine" ("pierres sur lesquelles on trébuche"), ces pierres rappellent le nom et prénom de la victime, son année de naissance, son année de déportation, le camp de concentration où elle a été conduite et si elle en est sortie vivante ou pas. Un travail de mémoire nécessaire dans un contexte de hausse des actes antisémites. Comme la France, l'Allemagne constate une augmentation de ces actes de 10% par rapport à l'année précédente.

Son corps a été brûlé donc elle n'a pas de tombe. Ce pavé fait office de cénotaphe, c'est à dire d'une pierre qui témoigne de sa présence au monde.

Joachim Salinger, petit neveu d'Eva Salinger

Pour certaines familles, ces pavés restent le seul monument érigé en la mémoire du défunt. C'est le cas d'Eva Salinger, assassinée en mai 1942 au camp d'extermination de Chelmno. Elle était la grand-tante de Joachim Salinger. Une pierre vient d'être posée par Gunter Demnig au numéro 83 de la Torstraße de Berlin. Il aura fallu cinq années de recherches à Joachim Salinger pour reconstituer l’histoire des habitants juifs de cet immeuble du centre berlinois. 

70 000 "Stolpersteine" dans 21 pays européens

Ces "Stolpersteine" s'adressent aux victimes de la Shoah au sens large : minorités juives, Roms, malades mentaux, résistants, homosexuels. Gunter Demnig en a installé 70 000 dans 21 pays européens, dont moins d'une cinquantaine en France. "Il y a plusieurs Français qui ont demandé à implanter ces pavés à Paris pour leurs proches mais cela leur a toujours été refusé", souligne l'historienne Petra Fritsche. "Les Français tiennent souvent à préciser qu’ils ont leur propre culture de la mémoire et qu’un artiste allemand ne saurait venir pour célébrer cette mémoire", poursuit-elle. Une mémoire qui est menacée avec la disparition des derniers témoins, des derniers rescapés et ce type de projet citoyen peut être un moyen vivant de la perpétuer. C'est pourquoi Joachim Salinger veut obtenir rendez-vous ces prochaines semaines à la mairie de Paris pour tenter d’infléchir sa position.

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