Aux États-Unis, les acteurs latinos, sous-représentés au cinéma, sont absents des nominations aux Oscars

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La cérémonie des Oscars se tient dimanche soir à Los Angeles, aux États-Unis. Si Jordan Peele a toutes les chances de devenir le premier scénariste afro-américain récompensé en 90 ans, aucun acteur ou actrice latino n’est nominé.

Les Oscars 2018 se déroulent dans la nuit de dimanche 4 mars à lundi 5 mars au Dolby Theatre de Los Angeles, aux États-Unis. Cette année, la cérémonie sera bien sûr marquée par le mouvement #MeToo, mais aussi par une diversité inhabituelle : Greta Gerwig (Lady Bird) est la 5e réalisatrice nominée aux Oscars, la chef opératrice Rachel Morrison (Mudbound) est la première femme présente dans la catégorie de la meilleure photographie et Jordan Peele (Get out), nominé dans la catégorie "meilleur réalisateur" pourrait devenir le premier scénariste afro-américain récompensé. En revanche, aucun acteur ou actrice latino n’est nominé et cela commence à en agacer certains à Hollywood.

Ces Oscars illustrent un problème plus large, que l'on peut résumer par une statistique : les Latinos représentent 18% de la population américaine et seulement 3% des rôles à l’écran. De plus, ils incarnent souvent des personnages stéréotypés, comme celui de la femme volcanique ou du trafiquant de drogue. 

Un seul Oscar du meilleur acteur

Un seul Latino a gagné l’Oscar du meilleur acteur : José Ferrer. C'était dans les années 1950 pour Cyrano de Bergerac, de Michael Gordon. Les derniers Hispaniques à avoir remporté une statuette sont les Espagnols Javier Bardem, en 2008 (meilleur acteur dans un second rôle pour No country for old men), et Penelope Cruz, en 2009, (meilleure actrice dans un second rôle pour Vicky Cristina Barcelona). 

Certes, les choses avancent un peu : Coco, le film de Pixar sur la fête des morts au Mexique, a été un triomphe mondial en 2017. Oscar Isaac et Diego Luna ont joué dans la saga Star Wars (le premier dans les épisodes 7 et 8, et le second dans Rogue One : A Star Wars Story). Mais, le dernier acteur latino nommé aux Oscars était Demián Bichir en 2012 (A better life).

Du coup, début février 2018, une association a manifesté devant l’hôtel où avait lieu le traditionnel déjeuner des nommés aux Oscars. Cette association prévoit de recommencer, samedi 3 mars, à proximité du lieu de la cérémonie. Sauf que ce qui intéresse les médias cette année, c’est le mouvement #MeToo donc ce n'est pas facile pour elle de se faire entendre. 

Difficile de parler d'une seule voix

Ce manque de représentativité vient en partie du fait que l'immense majorité des décisionnaires à Hollywood sont des hommes blancs. Ils sont peut-être moins enclins à produire des histoires qui ne leur ressemblent pas. C’est le même problème pour les Noirs et les femmes. Par ailleurs, les Hispaniques représentent près d’un quart des spectateurs en salle, donc les studios - pas connus pour leurs prises de risque - ne voient pas pourquoi ils changeraient leurs formules puisque, de toute façon, les Latinos vont voir leurs films... 

Autre explication : les Latinos sont une communauté très diverse, entre les Mexicains de Californie, les Portoricains de New York ou les Cubains de Floride. La première génération d’immigrés ne parle pas toujours anglais et la seconde ne parle plus forcément espagnol. Parler d’une seule voix, sur le modèle des Afro-Américains, comme avec le mot-dièse #OscarsSoWhite ("les Oscars trop blancs" en français), n’est pas si facile.

Guillermo Del Toro, l'arbre qui cache la forêt

Dans ce décor, il y a pourtant un Mexicain favori : Guillermo Del Toro, réalisateur de La forme de l'eau. En réalité, c'est un peu l’arbre qui cache la forêt : s’il gagne dimanche, ce sera la 4e fois en cinq ans qu’un réalisateur mexicain est récompensé, après Alfonso Cuaron en 2014 (Gravity) et Alejandro González Iñárritu en 2015 (Birdman) et 2016 (The Revenant). Et puis, il n’y a pas de personnages latinos dans les films que font ces cinéastes, donc cela n’aide pas vraiment la cause.

De plus, si on prend l'exemple des acteurs Javier Bardem et Penelope Cruz, ce ne sont pas des Américains, mais des Espagnols et ils ont fait leur preuve dans leur pays avant qu’Hollywood ne leur fasse confiance. Les Latinos des États-Unis manquent d’opportunités. Or, pour paraphraser le comédien Chris Rock, il faut vraiment le faire exprès pour ne pas trouver de Latino à Los Angeles : c’est quasiment la moitié de la population de la ville.

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