Au Yémen, un modèle prédictif de la Nasa permet de prévoir et d'éviter les épidémies de choléra

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L'analyse des données de l'agence spatiale américaine permettent de repérer les facteurs déclencheurs de la maladie et de cibler les actions sur le terrain.

C’est une première, pleine de promesses.  Un projet, appuyé par la Nasa pourrait permettre d’anticiper, sur le terrain, les épidémies de choléra. Les premiers résultats sont très encourageants. La maladie a fait des ravages, l’an dernier au Yémen : un million de personnes contaminées, plus de 2 000 victimes. Un record depuis les premiers relevés, en 1949. C’est justement dans ce pays, en guerre depuis trois ans, que l’expérience a été menée, d’abord sur le papier par des chercheurs américains, puis sur le terrain avec l’aide des Britanniques.  

Dans un pays sous-développé et ravagé par la guerre comme le Yémen, l’accès à l’eau potable est très compliqué. La bactérie se développe dans les eaux usées mal drainées et en cas de contagion. La défaillance du système de santé ne permet pas de proscrire l’épidémie. A partir de là, il suffit de fortes pluies, les égouts débordent. Et la bactérie se retrouve partout.

Les zones à risque identifiées quatre semaines avant

Toutes les données recueillies par les satellites de la Nasa sont analysées : pluviométrie, bien sûr, mais aussi densité de population ou accès à l’eau. Le modèle a été complété avec l’aide des microbiologistes. Le logiciel digère tous ces chiffres avec à la clé cette réussite incroyable, l’an dernier : 90% de précision sur l’ensemble du Yémen. Des zones a priori sans risque ont même été identifiées. Et tout cela quatre semaines avant le début de l’épidémie. 

Restait à utiliser cet outil sur le terrain. La réponse humanitaire est venue des Britanniques et du département du développement international (lié au gouvernement), rejoint par l’Unicef. Grâce à cet outil, les zones à risque ont été identifiées en amont.  Ce qui veut dire que sur le terrain, les acteurs ne travaillent plus en aveugle. Ils peuvent se concentrer sur les zones identifiées. Distribuer de l’eau, des kits d’hygiène, des pastilles de chlore, et diffuser des conseils de base.

Les premiers résultats sont encourageants : il y a eu près de 700 cas de Choléra cette année en juillet au Yémen, contre plus de 13 000 l’an dernier. Attention, toutefois. Les scientifiques manquent de recul sur ces données. D’autres facteurs pourraient expliquer le reflux de l’épidémie, comme une saison des pluies un peu tardive. 

Le modèle pourrait être utilisé pour d'autres maladies

La Nasa et ses partenaires espèrent établir un modèle plus global, pas seulement appliqué au Yémen. Cela afin de lutter contre une maladie que l’on sait parfaitement traiter aujourd’hui et qui tue, malgré tout, des dizaines de milliers de personnes chaque année. Ensuite, ils espèrent étendre leurs prédictions de quatre à huit semaines. Ils auraient ainsi le temps de lancer des campagnes vaccinales dans les régions touchées.

Enfin, on peut aussi rêver d’un modèle similaire pour d’autres maladies, comme la dengue ou la malaria. L’expérience, en tout cas, prouve encore l’intérêt de croiser les sciences. Et celui de la collaboration internationale.

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