Au Venezuela, les cagnottes en ligne explosent sur les réseaux sociaux pour se soigner

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L'accès à la santé est toujours aussi compliqué dans le pays, à tel point que les Vénézuéliens lancent des opérations de levées de fonds sur internet pour se faire opérer ou payer leurs médicaments.

Un an après l’échec de l’opposition pour faire entrer de l’aide humanitaire, la situation ne s'améliore pas au Venezuela. Les hôpitaux tombent en ruine et les rares médicaments qui n’ont pas disparu sont hors de prix. Il faut compter des milliers de dollars pour se faire opérer ou suivre un traitement dans les rares cliniques privées que le permettent encore.

Sauf que la majorité de Vénézuéliens ne touchent que le salaire minimum mensuel équivalent à moins de 5 euros. Résultat : les levées de fonds de type crowdfunding explosent sur les réseaux sociaux au Venezuela, au point de devenir l’une des dernières solutions pour se soigner.

Des appels à la solidarité

Difficile de mesurer l'ampleur du phénomène car les différents sites qui gèrent les campagnes sont généralement nord-américains ou européens. Il n’y a pas de chiffres officiels pour le Venezuela, mais les réseaux sociaux sont inondés par ces appels à la solidarité. Milfri Perez, 52 ans, passe tout son temps à partager sa campagne pour se faire opérer la jambe. Pour se faire opérer, la clinique lui demande 10 000 dollars, et comme beaucoup de Vénézuéliens, elle n’a plus d’assurance car celles-ci ne suivent plus le rythme absurde de l’hyperinflation, estimée à 10 000% en 2019 par la Banque centrale vénézuélienne.

J’envoie des messages à des proches, je partage la campagne sur Twitter, j’essaie de contacter des gens qui peuvent la relayer. C’est un vrai travail.

Milfri Perez

à franceinfo

Officiellement, l'Etat a mis en place la mission "Barrio Adentro" pour venir en aide aux Vénézuéliens. Créée sous Hugo Chávez, elle offrait des soins aux populations les plus démunies avec l’aide de médecins cubains. Mais selon de nombreuses associations de défense du droit à la santé, cette aide s’est réduite comme peau de chagrin car l’État n’a plus d’argent.

Ixen Castillo, 27 ans, est cul-de-jatte depuis qu’il est enfant, et pour la première fois de sa vie il doit se débrouiller seul pour acheter des prothèses hors de prix. "Avant je recevais beaucoup de dons, il y avait beaucoup d’institutions gouvernementales qui me soutenaient voire m’offraient les prothèses, explique-t-il, c'est devenu très compliqué parce que l’État n’a plus les moyens de me soutenir, de me financer. C’est pour ça qu’on a eu l’idée du crowdfunding." C’est sa sœur qui s’en occupe depuis l’Argentine où elle a émigré pour subvenir aux besoins de sa famille.

Des collectes aux conditions très strictes

Ces collectes de fonds ne sont pas accessibles à tout-un-chacun, loin de là. Les conditions sont même très strictes car il faut généralement passer par des sites internet qui refusent d’envoyer l’argent directement au Venezuela. "Il faut avoir une sécurité sociale aux États-Unis pour ouvrir la campagne", explique Eugenio Martinez, 41 ans. Il s'est rendu compte des complications lorsque sa mère a fait un AVC. "C’est aussi possible avec un passeport européen ou un compte bancaire européen. Donc c’est limité à un secteur très spécifique de la population", affirme-t-il. Non seulement il faut connaître quelqu’un à l’étranger pour ouvrir la campagne, mais en plus il faut ensuite trouver un moyen de rapatrier l’argent en liquide au Venezuela, car les cliniques n’ont pas de compte bancaire en dollar ou en euro.

Toutes les campagnes n’atteignent pas leur objectif. La diaspora vénézuélienne aide beaucoup, en partageant massivement ces appels à la solidarité dans leur pays de résidence. Mais selon Feliciano Reyna, fondateur de l’association "Accion Solidaria", plus le phénomène prend de l’ampleur, moins il est efficace.

À moins qu’il s’agisse d’une personne avec un réseau très étendu, en sachant qu’il y a tant de campagnes, les gens ne récoltent jamais plus de 20 ou 25% de ce dont ils ont besoin.

Feliciano Reyna

à franceinfo

Comme souvent au Venezuela, ce sont les personnes avec le plus d’accès au dollar qui ont une chance de se soigner, les autres n’ont généralement pas d’autre solution que de croire en leur bonne étoile ou d’émigrer.

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