Au Royaume-Uni, des chants traditionnels au centre d'une polémique

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Des associations demandaient que deux chants traditionnels soient retirés du programme des "Proms", une série de concerts classiques. Le Premier ministre lui-même a dû s'en mêler.

Les Proms, c’est un événement populaire qui se tient à Londres de juillet à septembre, une série de concerts classiques qui se déroulent principalement au Royal Albert Hall.
Et la dernière soirée, "last night of the Proms", c’est une grande fête. Des écrans géants sont dressés dans tout le royaume pour regarder la soirée sur la BBC et chanter à pleins poumons en agitant des drapeaux britanniques, anglais, gallois, écossais. Cette année avec le coronavirus, ces rassemblements massifs n’auront pas lieu mais la soirée de samedi se terminera quand même, c’est une tradition, par des chants patriotiques.

Des paroles "anachroniques"

Ce sont ces chants traditionnels qui posent problème. Dans Land of hope and glory, écrite en 1902, on chante "larges et toujours plus larges, tes frontières seront fixées. Puisse Dieu qui t’a fait puissante, te rendre plus puissante encore". Pour certains, ce passage met en avant des velléités d’expansion désormais déplacées, une ambition guerrière et l’affirmation d’une supériorité divine. Et le refrain de Rule Britannia ! comporte un terme qui a du mal à passer à l'époque du mouvement Black lives matter : "Règne Britannia, Britannia régis les flots ! Jamais, jamais, jamais les Britanniques ne seront esclaves."

Des associations, des personnalités n’hésitent pas à dire que désormais ces chants sont anachroniques et mettent en avant un passé plus indigne que glorieux. Et à la fin du mois d’août, une rumeur circule selon laquelle les deux chants seraient purement et simplement retirés de la programmation.

Valse-hésitation à la BBC

Tollé dans tout le royaume pour ce crime de lèse-majesté. La chef d’orchestre qui doit officier samedi, qui avait clairement soutenu le mouvement Black lives matter, est immédiatement soupçonnée d’être à l’origine de cette censure. Elle reçoit des injures et des menaces au point de devoir privatiser l’intégralité de ses réseaux sociaux. La BBC annonce alors que les deux chansons seront jouées mais pas chantées. Un entre-deux qui ne calme pas la polémique. Les politiques s’en emparent, Boris Johnson en tête. 

Je pense qu'il est temps que nous arrêtions notre embarras geignard à propos de notre histoire, de nos traditions et de notre culture, et que nous arrêtions ce combat général d'autorécriminations.

Boris Johnson, Premier ministre britannique

Dans la foulée, la BBC annonce que les deux chansons seront intégralement interprétées, comme d’habitude. Expliquant que c’est en raison du coronavirus et des règles sanitaires qu’il avait été un temps imaginé de ne pas les chanter. Samedi soir, Rule Britannia ! et Land of hope and glory résonneront comme prévu dans le Royal Albert Hall. Sans public, à  cause de la pandémie en cours.

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