Au Québec, les pièges du débat sur la laïcité

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Au Québec, les travaux d’une commission parlementaire sont en vedette dans les médias et sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. En jeu, un projet de loi sur la laïcité.

C'est un débat dont la société québécoise discute depuis au moins une bonne dizaine d’années. Le projet de loi discuté en ce moment interdit à certains fonctionnaires d’afficher leur religion par leurs vêtements ou des accessoires. Les policiers, les gardiens de prison, les garde-chasse, des métiers représentant l’autorité, n’ont plus le droit de porter une kippa, un hijab ou une croix chrétienne. Détail important : ces signes religieux ne font l’objet d’aucune description dans la loi. À ces fonctionnaires en uniforme s’ajoutent les enseignants du secteur public. Car le gouvernement considère que les enfants risquent d’être influencés si leurs professeurs affichent leur religion. Les enseignants du secteur privé ne sont pas concernés par la législation.

Réactions diverses

Ces propositions du gouvernement ont été diversement appréciées. En général, les Québécois plus âgés, et surtout les femmes, nourrissent encore une grande rancune envers la religion. Normal : elles l’ont subie dans leur chair tout au long de leur jeunesse marquée par la mainmise des élites catholiques. Une grande partie de la population considère donc que la religion se pratique à la maison, et ne doit pas s’afficher au travail. Un avis que partagent les Maghébins qui ont fui l’Algérie des années noires du FIS. De l’autre côté, certains citoyens, juristes et organismes mettent en avant le principe de liberté des individus. Parmi eux, certains considèrent que la majorité doit protéger les minorités. Et ils trouvent que le débat entre pro et anti-laïcité tourne souvent à l’islamophobie et au racisme. 

Recours devant les tribunaux ?

On sait déjà que le gouvernement ne changera pas grand-chose au projet de loi. Et comme il dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale, le texte devrait être adopté d’ici la mi-juin. En théorie, il pourrait être cependant contesté par les tribunaux qui protègent les droits des minorités. Mais là encore, le gouvernement a prévu le coup. Il a recours à une clause particulière qui permet au Québec de protéger certains projets de lois de la Constitution canadienne, plus permissive en matière de libertés individuelles. Reste que son application risque de poser problème. Distinguer un foulard porté comme accessoire de coiffure d’un hijab porté par conviction religieuse va demander de grandes capacités d’analyse aux responsables hiérarchques.

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