Au Pakistan, des faucons au cœur d'un trafic au profit de dignitaires du Golfe

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La chasse aux rapaces est interdite au "pays des purs", mais cela n’empêche pas son commerce illégal. Il est même fréquent que les pays du Golfe, où la fauconnerie est une tradition ancestrale, bénéficient de certains passe-droits.

Le commerce illégal de faucons existe depuis longtemps au Pakistan, mais il a pris de l’ampleur ces dernières années. En octobre dernier d’ailleurs, il y a eu une saisie des douanes pakistanaises, une saisie assez spectaculaire, puisqu’elles ont trouvé 75 faucons, ainsi qu’une outarde houbara, un oiseau menacé d’extinction. Les oiseaux ont été trouvés dans différentes résidences dans la ville de Karachi, ils devaient sortir clandestinement du pays. Le montant total de cette prise a été estimé à plus d’un million de dollars.

Selon le Fonds mondial pour la nature, 700 faucons ont été illégalement capturés et sortis du Pakistan l’année dernière. Derrière ces captures, il y a tout un réseau de crime organisé, qui s’active particulièrement en hiver, puisque c’est à ce moment de l’année que les faucons migrent de Sibérie vers le sud du Pakistan, où il fait plus chaud. C’est là que se trouve la mer d’Arabie et que les braconniers opèrent. Colle, filets, appâts : chacun a ses techniques pour attraper les rapaces si prisés.

Jusqu'à 200 000 euros le faucon

La chasse au faucon est strictement interdite au Pakistan. Mais il y a tout un marché noir, puisque la demande est très importante et qu’elle vient des pays du Golfe, où la fauconnerie est une tradition ancestrale. Là-bas, le prix d’un faucon varie de 4 000 euros à 200 000 euros. Il y a même des compétitions de faucons, au niveau régional et international, organisées chaque année, en Arabie saoudite, mais aussi au Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Qatar. L’objectif est d’élire les faucons les plus rapides du monde.

La lutte contre le braconnage et ce trafic de faucons existe, comme l’a montré cette saisie au mois d’octobre. Mais il y a de nombreux passe-droits, notamment pour les membres des familles royales du Golfe. La justice pakistanaise donne des autorisations personnelles d’achat de faucons, mais aussi de chasse d’espèces d’oiseaux en voie de disparition. C’est le cas de l’outarde houbara. Il est interdit de chasser cet échassier des zones semi-désertiques, mais tout récemment, les autorités pakistanaises ont accordé des permis de chasse exceptionnels à des dignitaires du Golfe. Cela a d’ailleurs suscité de vives critiques de la part de certains observateurs. Il faut rappeler que l’opinion publique pakistanaise avait été choquée en 2014, quand un émir saoudien avait tué 2 100 outardes en 21 jours dans le sud-ouest du Pakistan.

Des relations particulières entre ces États

S'il existe ces passe-droits, c'est parce qu’il y a une dépendance financière et politique du Pakistan vis-à-vis des pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ces pays accordent des prêts importants au Pakistan depuis plusieurs années. Des militaires et des hommes politiques pakistanais entretiennent aussi des relations privilégiées avec les pays du Golfe. De nombreuses familles, qui appartiennent à l’élite au Pakistan, ont par exemple énormément investi dans l’immobilier à Dubaï.

Les relations, bien qu’ambiguës entre Ryad et Islamabad, sont tout de même historiques. Rappelons par exemple qu’en 1998, le Pakistan fait ses premiers essais nucléaires. Quelques jours après, le prince héritier d’Arabie saoudite a été autorisé à visiter les installations d’enrichissement nucléaire, situées à Rawalpindi, au sud de la capitale du Pakistan. Il est le seul dignitaire étranger à en avoir eu l’accès.

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