Au Liban, le patrimoine architectural de Beyrouth est en danger

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Des bâtisses disparaissent sous la pression de projets immobiliers. Des défenseurs du patrimoine tentent d'en préserver un maximum.

À Beyrouth, capitale du Liban, le patrimoine architectural disparaît doucement sous la pression des projets immobiliers. En 1995, une étude avait recensé un millier de bâtiments à préserver pour leur valeur historique et architecturale. 20 ans plus tard, une bonne moitié a disparu, démolie, rasée pour faire place à des constructions neuves. Il s'agit d’anciens bâtiments administratifs de l’époque ottomane, de bâtisses datant du mandat français ou d’immeubles modernistes d’avant la guerre civile… Des constructions qui définissaient le paysage et l’âme d’un quartier, d’un pâté de maison, d’une rue.

"Les propriétaires n'ont pas les moyens, explique Pascale Ingea, présidente de l’association pour la protection du patrimoine libanais. Ils vendent leur maison, leur parcelle à des promoteurs et c'est carrément une démolition qui se fait."

Je ne reconnais plus ma ville, les habitants ont disparu. Donc à travers ces bâtisses, il y a une identité libanaise qui est en train de mourir.

Pascale Ingea

à franceinfo

Les autorités libanaises ne font pas tout le nécessaire pour protéger ce patrimoine. Le Liban est un État miné par les divisions confessionnelles, avec une classe politique poreuse à la pression des intérêts privés. Une loi pour protéger le patrimoine existe, mais elle dort dans les tiroirs du Parlement qui ne l’a toujours pas votée. Et pendant ce temps-là, les bulldozers avancent et "les maisons traditionnelles beyrouthines se meurent", comme dit Pascale Ingea, dans une sorte d’indifférence générale. "La tristesse vient aussi de l'attitude des citoyens, qui n'ont plus aucune attache. Ce n'est pas une question de préserver une pierre. Une ville a une âme, et c'est très difficile aujourd'hui d'expliquer qu'au-delà de la bâtisse, de la pierre, il y a une âme."

Certains trésors préservés

Malgré cette situation, les défenseurs de ce patrimoine arrivent quand même à se faire entendre, mais à condition de déployer une énergie folle. Recours en justice et mobilisation de l’opinion publique, c’est long et laborieux, face à des promoteurs qui eux vont très vite, justement pour éviter de voir leurs projets contrecarrés. Certains trésors ont quand même été préservés, comme l’immeuble Barakat, qu’on appelle aussi "la Maison jaune" : construit dans les années 1900, d'architecture néo-ottomane, criblé de balle et partiellement détruit pendant la guerre civile car le bâtiment était sur la ligne de démarcation. Il a été rénové, en gardant les traces de la guerre civile et aujourd’hui, Beit Beyrouth, comme on l’appelle, est une étape touristique et il accueille des expositions et des évènements culturels. 

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