Au Chili, l'île de Guafo, terre sacrée du peuple mapuche et trésor de la biodiversité, est à vendre

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

L'île de Guafo, dans le sud du Chili, a été mise en vente pour 20 millions de dollars. Les communautés indigènes et les défenseurs de l'environnement redoutent d'y voir construire une mine.

#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

"À vendre, île inhabitée, 20 millions de dollars" : voici en substance l'annonce qui a été publiée sur un site spécialisé pour chercher un nouveau propriétaire pour l'île de Guafo, dans le sud du Chili, aux portes de la Patagonie. Un îlot grand comme la ville de Marseille, avec une biodiversité très importante.

Cette île appartient à deux hommes d'affaires chiliens, mais elle est considérée comme sacrée par la communauté indigène locale, qui craint qu'une mine y soit installée un jour. Elle abrite en effet énormément de charbon dans son sous-sol. C'est d'ailleurs pour cela que ses propriétaires actuels l'avaient achetée il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, l'île est donc privée et la crainte qu'elle soit rachetée pour y mener un projet minier est encore là.

La communauté indigène mapuche, dont une partie est installée sur une grande île toute proche, redoute ce scénario. "Nous pratiquons la pêche artisanale, explique Christian Chiguay, chef des Mapuches dans cette région. Chaque fois que nous nous rendons près de l'île, nous faisons une prière pour remercier la Terre-mère, remercier les esprits. Car là-bas la nature est intacte et cela nous permet de nous ressourcer au sens spirituel du terme." La communauté mapuche a demandé officiellement à ce que les côtes de l'île soient reconnues par le Chili comme un espace traditionnel des peuples autochtones, ce qui éviterait qu'une mine y soit construite. Mais les démarches sont assez longues et n'ont pas encore abouti. 

Baleines bleues, otaries à crinière, oiseaux...

Cette vente inquiète également les organisations de défense de l'environnement. L'antenne chilienne du Fonds mondial pour la nature (WWF) souligne que l'île abrite non seulement une forêt vierge avec de nombreuses espèces d'oiseaux parfois fragiles, mais aussi des otaries à crinières et d'autres animaux marins. Parmi eux, des baleines bleues qui viennent tous les ans dans ce secteur. "L'île est la porte d'entrée du lieu le plus important du pays pour l'alimentation des baleines bleues, plaide Yacqueline Montecinos, chargée de la biodiversité marine chez WWF au Chili. Elle a un écosystème très particulier, avec des espèces et une biodiversité unique en son genre au Chili."

Cette affaire revient sur le devant de la scène au Chili alors que le gouvernement vient de confirmer cette semaine qu'il ne signera pas le traité international d'Escazu. Il s'agit d'un texte des Nations unies qui concerne les pays d'Amérique latine. Il doit permettre notamment de mieux protéger les militants pour la défense de l'environnement. Le gouvernement chilien de droite estime que ce traité le forcera à modifier ses lois environnementales. Les ONG dénoncent une décision qui se fait au bénéfice des grandes entreprises et soulignent que le pays est, pour quelques semaines encore, président de la conférence de l'ONU pour le climat.

Vous êtes à nouveau en ligne