À Cuba, les entreprises d'Etat priées d'être rentables et efficaces

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Les réfomes en cours visent à rendre les entreprises d’État attractives, avec des hausses de salaires massives, sur fond d'unification monétaire et d'ouverture au secteur privé.

Une hausse généralisée des salaires a été mise en place à Cuba pour attirer les travailleurs dans les entreprises d'État qui vont progressivement être privées de subventions. Ces mesures pour les contraindre à devenir rentables et efficaces sont une révolution philosophique et un défi de taille dans un pays déjà en crise. Le gouvernement cubain voit pour l’instant l’effet positif de sa réforme : les Cubains se remettent au travail. Ils sont en effet plus de 127 000 à avoir frappé à la porte du ministère du Travail depuis janvier dernier, attirés par la dernière hausse des salaires. Il faut dire qu’elle est assez conséquente : en moyenne, les salaires dans les entreprises d’État ont été multipliés par cinq.  

Travailler pour l’État fait donc désormais envie, d’autant que la forte inflation que l’on connaît ici force à se remettre à travail, remarque le directeur de l’entreprise Gran Comercial, Leonel Gonzalez Suarez. "En janvier nous avons embauché dix travailleurs de plus, parce que nous avions des besoins, et nous ne trouvions pas de candidat précisément parce que nos entreprises n’étaient pas très attrayantes pour des personnes qualifiées", explique-t-il.

Et maintenant il y a la queue pour l’emploi !

Leonel Gonzalez Suarez, directeur d'une entreprise d'État

à franceinfo

On voit donc de nouveau des files d’attente à Cuba mais d'un nouveau genre. La question reste de savoir si l’offre sera-t-elle à la hauteur de la demande. Et c’est bien là tout problème, car la hausse salariale fait partie en fait d’un grand package de réformes économiques qui poussent désormais les entreprises d’État à la rentabilité et à l’efficacité. Auparavant, il y avait en fait une comptabilité parallèle avec des taux de change différents et plusieurs monnaies, le peso convertible (CUC) et le peso cubain (CUP). Ce grand système très complexe a donc été simplifié. Et surtout, l’État veut se désengager, car il n’a plus les moyens de soutenir des entreprises improductives voire parfois carrément à l’arrêt. Le parti communiste cubain a défini clairement l’objectif de retirer progressivement ses subventions aux entreprises d’État.

Le privé encouragé face au spectre du chômage

Le gouvernement estime que 400 entreprises d'État pourraient fermer d’ici la fin de l’année, laissant sur le carreau 300 000 travailleurs, des chiffres sous-estimés selon certains économistes. Conséquence, une nouvelle réalité pourrait apparaître à Cuba : le chômage qui officiellement n'existe pas dans l'île. Car si on fait les calculs entre les demandeurs d’emploi et les postes qui vont disparaître dans les entreprises d’État, cette nouvelle donne sera inévitable.

Une des solutions qui va bouleverser le paysage économique cubain dans les prochains mois, c’est la privatisation de l’économie. Le secteur privé occupe aujourd’hui seulement 13% de la population active du fait de ses restrictions, mais le gouvernement vient d’autoriser l’activité privée à la majeure partie des secteurs de l’économie, un véritable changement de philosophie qui réjouit les entrepreneurs, comme Marta Deus. "C’est une très bonne nouvelle, car nous allons avoir beaucoup plus d’opportunités pour entreprendre ! Et puis il nous faut une économie plus solide et des opportunités d’emploi pour ceux qui vont sortir des entreprises d’Etat. Donc il fallait que cette ouverture se fasse !"

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