UE-Afrique: convergences politiques et désaccords "culturels"

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Perception de l'homosexualité, sida, migrants, interventions militaires, crise humanitaire : comment l'Afrique nous parle-t-elle ? Où en sont nos relations avec elle ?  La 27e session de l'assemblée parlementaire ACP-UE, réunissant des députés européens et des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, a été l'occasion de faire le point, y compris sur les sujets qui fâchent.

Alors que le déploiement de la force militaire européenne en Centrafrique prend
du retard, parce que les pays européens rechignent à mobiliser les effectifs et
les moyens suffisants pour venir appuyer les forces africaines et françaises,
la crise en République centrafricaine a constitué une bonne partie des
discussions : les parlementaires ont demandé à l'ONU d'autoriser une mission de
maintien de la paix, et aux Etats européens d'accélérer la préparation de la
mission Eufor-RCA ; ils ont souligné l'urgence de réinstaurer des services
sociaux et de santé, ainsi que de rouvrir les écoles dans le pays.

L'assemblée parlementaire s'est également penchée sur les droits des migrants,
la modernisation des douanes, l'extraction des minerais dans les fonds marins
et le rôle d'internet dans la propagation du terrorisme.


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Les pays africains solidaires**

Mais LE sujet qui a provoqué les plus vifs débats, lors de la discussion sur
la lutte contre le sida, ce sont les récentes lois qui durcissent
considérablement les peines prononcées contre les homosexuels en Ouganda et au
Nigeria où les mariages de personnes du même sexe ont été interdits, et où
l'homosexualité est punissable de prison. Où on a assisté à une opposition très
nette entre les pays africains, solidaires, et les européens.

"Toute loi qui criminalise l'homosexualité est une infraction caractérisée
aux conventions internationales qui protègent les minorités, et doit être
retirée immédiatement
" s'est insurgé le co-président de l'assemblée
parlementaire paritaire ACP-UE, Louis Michel.

Le Parlement européen demande des sanctions

L'eurodéputé belge, rapporteur du Parlement européen sur les droits de
l'homme, s'appuie sur une résolution adoptée la semaine dernière par le
Parlement européen qui demande de sanctionner les responsables de ces lois en
Ouganda et au Nigeria (par des interdictions de déplacements et de visas ou le
gel des avoirs), de réorienter l'aide au développement au bénéfice de la
société civile et d'ONG, d'entamer d'urgence un dialogue politique renforcé,
voire d'envisager de suspendre l'accord de Cotonou, signé entre l'UE et les
pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en invoquant des violations
graves des droits de l'homme, comme le prévoit l'article 96 de l'accord.

 

Droits fondamentaux contre diversité culturelle

"Inadmissible " ont répondu la plupart des parlementaires africains, pour qui
ce n'est pas une question de droits fondamentaux mais de diversité culturelle,
comme  l'explique Christophe Lutundula Apala, député national de la
République Démocratique du Congo. Il dénonce par ailleurs la manière peu
courtoise dont les critiques sont formulées et parle de dérive
"impérialiste ", contraire au principe d'égalité. "Laissez-nous
du temps, comme il vous en a fallu beaucoup à vous-mêmes
" conclut
Christophe Lutundula Apala.

"Nous ne pourrons jamais accepter que des gouvernements puissent
instrumentaliser un quelconque argument culturel pour justifier la
diabolisation de l'homosexualité
", a répondu Louis Michel, pour qui le
droit à la différence est bien une expression fondatrice des droits de l'homme

Près des trois quarts des pays d'Afrique disposent de législations interdisant
ou réprimant l'homosexualité ou la "sodomie", souvent héritées des
lois coloniales. L'Afrique du Sud est le seul pays africain à reconnaître le
mariage entre personnes du même sexe, depuis 2006.