"Le vote FN affaiblit la France"

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La victoire du Front National aux élections européennes prive le Parlement européen de plusieurs eurodéputés français influents, à l'image de la socialiste Catherine Trautmann, et d'affaiblir le poids de la France en Europe.

Catherine Trautmann, Sandrine Bélier, Corinne Lepage, Jean-Paul Gauzès, Jacky Hénin... La vague FN a balayé l'ensemble de l'échiquier politique, privant la France de plusieurs eurodéputés, non seulement assidus, mais surtout utiles et influents. Jean-Paul Gauzès occupait le poste clé de coordinateur des élus conservateurs (du PPE, principal groupe) à la commission des Affaires économiques et monétaires, mais l'UMP lui a préféré en tête de liste Jérôme Lavrilleux, à peine élu et déjà fragilisé par l'affaire Bygmalion de surfacturation présumée.

Stratégies politiciennes

Catherine Trautmann fait elle aussi les frais des stratégies politiciennes de son parti, qui a préféré placer en tête de liste l'ancien syndicaliste d'Arcelor-Mittal Edouard Martin, seul élu socialiste dans l'Est. Or en 18 années de mandat, l'ancienne ministre et ancienne maire de Strasbourg s'était imposée comme l'un des piliers du Parlement européen, où elle présidait la délégation socialiste française et était l'un des plus farouches défenseurs du siège du Parlement européen, dont elle animait la "task force". Elle avait été pressentie pour diriger l'ensemble des sociaux-démocrates européens et son nom circulait aussi pour être le prochain commissaire européen de la France, poste désormais revendiqué par Pierre Moscovici et sa challengeuse Elisabeth Guigou.

Expertise et professionnalisme

Catherine Trautmann a toujours fait autorité dans tous les domaines de compétence, de la culture aux nouvelles technologies, en passant par les négociations de libre-échange avec les Etats-Unis, pour lesquelles elle dictait les lignes rouges à ne pas franchir par les Européens. Elle incarne la maîtrise des dossiers, le professionnalisme politique non partisan, une vision politique généreuse et réaliste. C'est une battante, qui a traversé plusieurs épreuves douloureuses dont certaines infligées par les "siens".

Epreuves douloureuses

On pense à son retour manqué à Strasbourg après que Lionel Jospin eut mis fin à ses fonctions de Ministre de la Culture et de la Communication en 2000 et que son adjoint de l'époque Roland Ries refusa de lui rendre son poste. Mais son combat le plus offensif aura été celui mené contre l'extrême-droite. Catherine Trautmann a été l'égérie de la lutte contre le Front National en 1997, où Jean-Marie Le Pen avait mis sa tête (en carton) sur un plateau pour la faire huer par son auditoire, avant d'être condamné au franc symbolique pour cette "mise en scène macabre et choquante évoquant l'image de la mise à mort par décapitation visant de manière certes symbolique mais intolérable à l'élimination de l'intéressée ".

Effort civique

Dix-sept ans plus tard, c'est donc une double-victoire que vient d'enregistrer le parti frontiste. Mais Catherine Trautmann ne baisse pas les bras. Elle souligne qu'en "rejetant tout en bloc", les électeurs ont joué contre les intérêts de la France. Elle met en garde contre les risques du repli national, communautaire et par groupe politique, contre les risques de fragmentation de la société. Et appelle chacun à mesurer les réponses à apporter y compris en matière d'information, de pédagogie et d'implication des citoyens, avant de conclure: "c'est un formidable effort civique qu'il faut faire pour le projet européen, si l'on pense qu'il continue d'être essentiel, ce qui est mon cas ".

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