L'Union européenne doit-elle lutter contre l'homophobie ?

Une enquête récente de l'Agence européenne des droits fondamentaux montre que les homosexuels et transsexuels sont victimes de discriminations et agressions à travers l'Europe. La commission des Libertés du Parlement européen pousse donc du pied la Commission européenne pour qu'elle mette en place une feuille de route contre l'homophobie. Mais cette perspective ne plaît pas à tout le monde...

Selon une enquête, publiée l'an dernier par l'Agence européenne des droits fondamentaux, "47% des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres se sont senties victimes de discrimination et de harcèlement; 26 % ont été agressées ou menacées de violence en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre (35 % parmi les personnes transgenres) ; 32 % font l'objet de discriminations en ce qui concerne le logement, l'éducation ou l'accès à la santé, aux biens et services; et 20 % sont victimes de discriminations dans le cadre professionnel (29 % parmi les personnes transgenres)". Le rapport précise également que deux tiers des personnes homosexuelles ont peur de se tenir par la main dans la rue.

Forte majorité

C'est précisément pour lutter contre cette peur et ces discriminations que le Parlement européen a voté cette semaine à une forte majorité en faveur d'une "feuille de route" contre l'homophobie : le rapport de l'eurodéputée autrichienne Ulrike Lunacek a été adopté par 394 voix contre 176 (et 72 abstentions).

Echaudée par le rejet au mois de décembre du rapport Estrella, qui demandait un "droit européen à l'avortement", Ulrike Lunacek est restée prudente. "Ce n'est pas un texte révolutionnaire, souligne-t-elle, il rappelle ce que nous avons déjà exigé à plusieurs reprises, et demande à la future Commission de mettre à l'agenda de l'Union une feuille de route pour lutter contre l'homophobie en Europe, conformément aux traités, et comme nous le faisons déjà pour les autres minorités, les personnes roms ou handicapées". 

La droite divisée sous la pression des Français

Le texte avait d'ailleurs recueilli le soutien des principaux groupes politiques en commission parlementaire, y compris du Parti populaire européen où siège l'UMP. Et pourtant, au dernier moment, le matin même du vote, les élus français du PPE ont décidé de voter contre (à l'exception de Jean-Marie Cavada et de Michèle Striffler qui ont soutenu la résolution, et d'Arnaud Danjan qui s'est abstenu)...  et de voter en faveur d'une proposition alternative de Philippe de Villiers. Ils ont été suivis par une bonne partie de la délégation allemande.

L'UMP Véronique Mathieu justifie ce revirement par le fait de ne pas avoir pu amender le texte, afin qu'il ne s'immisce pas dans des domaines qui relèvent de la compétence des Etats comme la politique familiale ou l'éducation.

Mensonges

"Ne proférez pas de contre-vérités, lisez le texte, répond Ulrike Lunacek. La Commission est simplement invitée à formuler des lignes directrices et les Etats à échanger les bonnes pratiques. Mais ils restent entièrement souverains dans tous ces domaines" . Quant à "la reconnaissance mutuelle des actes d'état civil, elle doit simplement permettre d'éviter les flous juridiques et les discriminations" explique Bruno Selun, secrétaire de l'ntergroupe LGBT du Parlement européen.

Climat d'intolérance

L'intergroupe LGBT, le plus important des 27 intergroupes du Parlement européen, compte quelque 150 membres eurodéputés de toutes les nationalités. Il est co-présidé par 6 d'entre eux, parmi lesquels la verte autrichienne Ulrike Lunacek, la libérale néerlandaise Sophie I'nt veld et le socialiste britannique Michael Cashman, eurodéputé et acteur. Lors de la conférence de presse à l'issue du vote, ils se sont tous dit surpris du vote français. Tout en faisant le lien avec la proximité des élections, ils ont exprimé leur inquiétude face au "climat d'intolérance" qui sévit actuellement dans ce qu'ils considéraient comme "la patrie des droits de l'homme, le bastion de l'égalité".

Des manifestations de la Manif pour tous au retrait du projet de loi sur la famille, en passant par les dizaines de milliers de mails souvent menaçants qui ont accompagné ce vote : 40.000 pour la rapporteure Ulrike Lunacek dont le site web a également été piraté, 1000 messages la nuit avant le vote pour la vice-présidente socialiste Sylvie Guillaume, qui dénonce un "torrent de haine, de mensonge et d'agressivité".

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