Frontex veille sur nos frontières, sans avions, sans bateaux et sans hélicoptères

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Alors que la France s'apprête à réformer ses lois sur l'asile et sur l'immigration, que le nombre de réfugiés notamment syriens ne cesse d'augmenter, coup de projecteur sur "Frontex". Comment l'agence européenne surveille-t-elle nos frontières? Avec quels moyens?

On la présente souvent comme le garde-frontière d'une Europe forteresse ou d'une Europe passoire, selon la sensibilité politique. Mais à Frontex, on n'aime pas beaucoup ces étiquettes. Basée à Varsovie, où elle a vu le jour en 2005, l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne (c'est son vrai nom), n'a pas d'équipement propre, pas d'hélicoptère, de bateau, ni d'avion, pas de douaniers ni de policiers aux frontières, juste quelques experts détachés à son siège. Sa mission est d'appliquer les décisions des États membres, avec les moyens qu'ils veulent bien mettre à sa disposition, pour surveiller notre frontière commune, celle de Schengen, frontière terrestre, aérienne et maritime.

Le rôle de Frontex est surtout de comptabiliser les personnes qui entrent illégalement sur le territoire de l'Union. De contrôler les entrées, en déployant et en formant les garde-frontières. Il s'agit aussi d'aider les États en cas de forte pression migratoire, comme en Italie, en Grèce ou en Espagne, lorsqu'ils en font la demande. Et de coordonner les opérations y compris d'assistance et de sauvetage en mer, même si Frontex n'a pas de mandat pour cela, comme l'explique Ewa Moncure, porte-parole de Frontex. La semaine dernière des centaines de naufragés ont pu être secourus et des dizaines de corps repêchés au large des côtes libyennes, par la Marine italienne, informée par un avion portugais du dispositif Frontex. Dans le même temps, l'agence se voit reprocher le fait de continuer à fournir un soutien logistique à des gardes-côtes grecs, accusés de "pusk-back", d'avoir repoussé, après les avoir dépouillés, des groupes de Syriens, sans leur avoir permis de déposer une demande d'asile, ce qui est interdit par les règles internationales.

En revanche la reconduite des clandestins qui n'ont pas obtenu l'asile fait bien partie du mandat de Frontex. L'agence coordonne des vols retours, vers la Serbie, l'Afghanistan, ou le Pakistan. Toujours selon le même principe: mutualiser les moyens pour faire des économies. Afin d'éviter les réactions hostiles des autres passagers, les vols groupés sont privilégiés. La France informe Frontex qu'elle organise un charter pour le Nigeria et qu'il lui reste des places, proposées aux autres pays. 2.500 personnes sont ainsi reconduites chaque année à bord d'une quarantaine de vols, souvent de manière forcée, chacune encadrée par deux accompagnants. La Française Delphine Dubos, officier opérationnel au sein du secteur retour, souligne que cela se fait toujours dans le respect des droits fondamentaux, en présence de médecins, d'interprètes et d'ONGs. Et jamais, assure-t-elle, vers des pays dangereux: récemment l'agence a annulé un vol vers l'Ukraine, en raison de la situation sur place.

En 2013, Frontex a comptabilisé 107.000 personnes qui ont franchi ou tenté de franchir nos frontières illégalement, et intercepté plus de 10.000 migrants en mer.

La Suède et l'Allemagne, pays les plus accueillants

Dans le même temps, l'Union européenne a accordé la protection à 135.700 demandeurs d'asile, ce qui ne correspond qu'à 29% des requêtes. Les Syriens représentent un quart de ces admissions (26%), devant les Afghans (12%) et les Somaliens (7%). Parmi les 35.800 Syriens qui se sont vu accorder un statut protecteur, plus de 60% ont été admis en Suède et en Allemagne. La France arrive en troisième position, même si elle n'accueille que très peu de Syriens. Sur les 16.200 personnes enregistrées, la plupart sont Russes, originaires du Sri Lanka et de la République Démocratique du Congo.

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