En direct de l'Europe. Mettre l'état de droit à Malte sous surveillance et porter la liberté de la presse en étendard

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Pour le Parlement européen, l'assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia ne doit rester "ni impuni, ni vain". Il exige une enquête internationale.

Pour le Parlement européen, l'assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia ne doit rester "ni impuni, ni vain". Il exige une enquête internationale.

La journaliste Daphne Caruana Galizia, tuée à 53 ans dans l'explosion de sa voiture piégée

C'était le 16 octobre dernier à Malte. La journaliste était parfois qualifiée de "Wikileaks à elle toute seule". Pour le président du Parlement européen, Antonio Tajani, "elle était une sentinelle, un soldat en première ligne dans la défense de nos valeurs. Un demi-milliard d'Européens ne peuvent accepter qu'une journaliste puisse être assassinée parce qu'elle enquête sur certaines affaires", s'indigne l'Italien, ancien vice-président de la Commission, lui-même ex-journaliste.

Une journaliste de l'UE, tuée dans l'un de ses Etats membres

Cela s'est produit en Italie et en Irlande ces dernières années, rappelle Antonio Tajani.

Or si nous voulons défendre la liberté de la presse en Russie ou en Turquie, nous devons être un exemple

Antonio Tajani, Président du Parlement européen

"Traduire en justice les responsables de ce meurtre doit être la priorité numéro un pour le gouvernement maltais", a affirmé dans l'hémicycle l'actuel vice-président de la Commission, Frans Timmermans, pendant que le Parlement européen exigeait une enquête internationale, en coopération avec Europol et avec l'envoi d'une délégation d'eurodéputés à Malte, pour faire toute la lumière sur les commanditaires de cet assassinat.

Une salle de presse à Strasbourg baptisée du nom de Daphne Caruana Galizia

Lors d'une cérémonie très émouvante, la salle où sont organisées les conférences de presse du Parlement européen a été baptisée du nom de Daphne Caruana Galizia, en présence de son époux, Peter, et de leurs trois fils, qui doivent encore faire face à 36 plaintes en diffamation intentées contre leur épouse et mère, et qui n'ont pas été retirées malgré son décès.

"Mes fils ont été intimidés, notre chien a été égorgé, jusqu'à sa mort Daphné n'a pu accéder à ses comptes bancaires bloqués par les autorités maltaises", a raconté son époux. Mon épouse Daphné était une femme extraordinaire. Personne n'a mis autant de moyens en oeuvre pour réduire une femme au silence".

Les puissants avaient peur d'elle et les criminels ne la supportaient plus

Peter, le mari de Daphne

"Lorsque tous les moyens légaux et illégaux se sont montrés vains, il ne restait plus qu'une solution : ma femme a été exécutée dans la plus grande violence, sans pitié, à quelques mètres de la maison dans laquelle nous avons élevé notre famille".

"Daphné était une femme courageuse et en colère, son combat n'en était que plus beau. Nous avons décidé de le poursuivre" 

"Daphné continuera de vivre, à travers nos trois fils, qui ont tant hérité de sa force et de son intégrité, à travers le courage des journalistes, dont certains à Malte récemment, dans le monde, et maintenant grâce à vous, ici, au Parlement européen".

"Chaque fois qu'il y aura une conférence de presse dans cette salle, ceux qui écouteront et qui prendront la parole se souviendront que cette salle veut dire : nous ne baissons pas la garde, face à ce qui s'est passé à Malte" a déclaré Antonio Tajani, promettant que "son meurtre ne restera ni vain, ni impuni". Promettant d'y consacrer toute son énergie, "nous y travaillerons jusqu'à la victoire".

Surveiller l'état de droit à Malte

Dans une résolution, adoptée le lendemain, les députés européens ont exhorté la Commission à surveiller de près l'état de droit, et à vérifier que Malte se conforme bien aux règles anti-blanchiment et de surveillance des banques, "déplorant qu'il n'y ait eu, jusqu'à présent, à Malte, aucune enquête de police sur les révélations concernant les Panama ou les Paradise Papers".

Les députés ont également demandé la création d'un Prix Daphne Caruana Galizia pour le journalisme d'investigation. Son nom est désormais synonyme de "liberté de la presse et de courage". C'est ce qu'a souligné le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, devant le portrait de la journaliste et bloggeuse maltaise. Reste à savoir si cela suffira pour mettre un terme à la corruption endémique et à la culture d'impunité qu'elle dénonçait avec tant de force.

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