En direct de l'Europe. L’héritage collectif de Mai 68 reste à revendiquer pour les eurodéputés étrangers

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Alors que la France commémore mai 68, comment nos partenaires européens voient-ils ces événements ? Quel en est l'héritage collectif ? 

Les événements du printemps 68 ont été perçus et déclinés différemment dans les pays européens, où la confrontation avec l’ordre établi a souvent été plus radicale qu'en France. Entre romantisme et regrets, entre douleur et pragmatisme, l’histoire commune reste à écrire.

En Pologne : révolte réprimée par la police communiste le 8 mars 1968

Le 8 mars 1968, deux semaines avant la première occupation de la faculté de Nanterre, et alors qu’un vent de liberté souffle sur la Tchécoslovaquie, c’est en Pologne que la révolte étudiante est violemment réprimée par la police communiste. Alors qu’en Allemagne, au Royaume-Uni, en France, la jeunesse manifeste depuis des mois contre la guerre menée par les États-Unis au Vietnam, l’Espagne et le Portugal sont encore sous le joug de dictatures ; en Belgique comme à Berlin, les étudiants dénoncent le régime des colonels en Grèce, pendant qu’aux Pays-Bas les "Provos" animent une révolte libertaire et humoristique qui inspirera le "Mouvement du 22 Mars" fondé notamment par Daniel Cohn-Bendit.

Les mouvements étudiants et ouvriers italiens du "Mai rampant" ont démarré bien avant les événements parisiens

Ils se poursuivront jusqu’à l’automne 1969. Et lorsqu’en France l’ébullition soixante-huitarde cède la place à l’ère pompidolienne, l’Allemagne et l'Italie entrent dans les "années de plomb". Les premiers attentats de la Fraction armée rouge RAF visent des grands magasins de Francfort, incendiés notamment par Andreas Baader et Gudrun Ensslin, le 2 avril 1968, plus de 10 ans avant Action directe.

Le 11 avril 1968, le leader de la contestation étudiante en Allemagne Rudi Dutschke est victime d’une tentative d’assassinat

Une tentative d'assassinat qui laissera Rudi Dutschke avec de graves séquelles neurologiques. Né sous le Reich, élevé en République démocratique allemande, mort à 39 ans au Danemark, cet antimilitariste antiautoritaire avait forgé sa conscience politique au moment de l’insurrection de Budapest en 1956.

De la Hongrie au printemps de Prague, des dictatures méditerranéennes aux démocraties parlementaires d’Europe de l’Ouest, les soulèvements contre l’ordre établi, le communisme, le capitalisme et l’impérialisme américain se sont souvent exprimés avec bien plus de radicalité qu’en France. De là à qualifier les événements de Mai-Juin 68 de "romantisme révolutionnaire à la française" constitue évidemment une erreur. "Ils ont marqué toute une génération, notamment culturellement", souligne l’eurodéputée socialiste belge Maria Arena, qui estime toutefois que "les défis qui se posent aujourd’hui aux jeunes sont beaucoup plus complexes". "Ils ont eu un impact indirect", précise l’eurodéputé grec de la Gauche unitaire européenne Stelios Kouloglou, pour qui "la priorité à l’époque n’était pas de se débarrasser des stéréotypes sociaux et de se libérer, mais de vaincre la dictature barbare des colonels".

Pendant que leur collègue allemande du groupe chrétien-démocrate PPE, Ingeborg Grässle, ironise sur la "glorification" dont fait l’objet Mai 68, qui pour elle est avant tout synonyme de "semaines de chaos".    

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