Dany for ever

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Une page se tourne. La 7e législature du Parlement européen s'est achevée cette semaine, avec le départ de l'une de ses plus grandes figures, Daniel Cohn-Bendit. A 69 ans, après 20 années de mandat, le dirigeant écologiste franco-allemand a tiré sa révérence, après un ultime et vibrant plaidoyer contre les égoïsmes nationaux et pour les Etats-Unis d'Europe. Le testament politique d'un Européen congénital.

Son pragmatisme, son
éloquence et ses coups de gueule vont manquer dans cet hémicycle, où Dany le
Vert a, durant quatre législatures, fait souffler un délicieux et inhabituel vent
de liberté. L'animal politique, le fin stratège, le tribun trublion
a marqué jusqu'à ses opposants, qui soulignent son absence d'hypocrisie, sa
clairvoyance et la constance "décomplexée" de ses engagements. Qui
osera désormais dire au Premier  ministre
hongrois "L'Union européenne n'est pas un paillasson sur lequel on s'essuie
les pieds, M. Viktor Orban
", lancer "Vous êtes des crétins" à
l'extrême-droite, ou dénoncer "la coalition des hypocrites  ", lors
de la désignation du président de la Commission européenne ?

Séquence émotion

"Ta gueule ",
avait-il répliqué aux protestations de Martin Schulz, alors chef du groupe
socialiste, devenu président du Parlement européen, qui a pourtant salué son
départ avec beaucoup d'émotion : "Il est merveilleux de se disputer avec
vous. C'est un grand privilège de vous avoir comme ami
 ". A la tribune, Martin Schulz a souligné l'exigence
de Daniel Cohn-Bendit pour une
démocratie fondée sur le respect, mais aussi le rôle joué par "l'idole de toute une génération "
dans la construction de sa propre identité politique, "même si j'ai
ensuite choisi une autre voie
". Et l'Allemand Martin Schulz de reprendre la
formule du président belge du groupe libéral Guy Verhofstadt, avec qui Daniel Cohn-Bendit a
cosigné un livre : "Lorsqu'on a un ami comme vous, on n'a plus besoin d'ennemis ".

La liberté subversive du rêve européen

"Il nous manquera,
ne serait-ce que parce que Dany a toujours eu raison
", regrette la
co-présidente du groupe des Verts Rebecca Harms. "Il incarne la liberté
subversive du rêve européen
", souligne l'ami José Bové, en lice pour la
présidence de la Commission européenne, en duo avec l'Allemande Ska Keller, 32
ans, qui promet de "poursuivre le combat de Dany pour une Europe plus
verte et plus juste
". La relève est assurée.

Dans son discours d'adieu,
Daniel Cohn-Bendit a rappelé à quel point l'Europe était inscrite dans ses
gènes, comment elle s'était construite sur la défaite des nationalismes, et
pourquoi elle ne s'accomplira que par le fédéralisme, les "Etats-Unis d'Europe ".  Il a appelé à "se battre contre les
idéologies eurosceptiques de droite et de gauche
" et, s'appuyant sur la
douloureuse expérience de l'ex-Yougoslavie, à ne pas laisser tomber le peuple
ukrainien, "à le défendre par tous les moyens, sauf militaires. Sinon, ce
n'était pas la peine de construire l'Europe
".

Cette ultime session a
été marquée par une soirée d'adieux, au cours de laquelle il a encouragé les
Verts, leur promettant d'être à leur côtés pendant la campagne des Européennes,
et qui s'est achevée par un dernier dîner avec ses assistantes, en "bon
patron social
", dans un restaurant italien.

Se réinventer encore et toujours

"Etre député
européen, c'est épuisant
", admet Daniel Cohn-Bendit. Surtout lorsqu'on a
été affaibli par un cancer de la thyroïde et qu'on a continué à exercer ce métier
avec la même passion. Aujourd'hui il va "prendre enfin du temps "
avec sa famille et ses amis. Au lendemain des élections, le 31 mai, il partira
à Rio, réaliser un documentaire pour ARTE "sur la coupe du monde de
football et la société brésilienne
". Il souhaite également écrire un
livre sur l'identité juive.

Dany le Rouge devenu
Vert, Dany l'Européen jusque "dans les gènes et par les tripes " passe le
relais, satisfait et confiant d'avoir assuré la transmission de son testament
politique aux générations suivantes. "Je suis dans un état d'esprit
apaisé,
confie-t-il. J'ai l'avenir devant moi. Et il faut être capable, à 69
ans, peut-être encore une fois de se réinventer 
".

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