Culture d'info. Rebecca Zlotowski : "Notre combat pour la parité et la diversité est joyeux !"

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Les révélations d'Adèle Haenel, une nouvelle accusation de viol contre Roman Polanski, deux ans après l'affaire Weinstein, en France le débat sur la toute-puissance des hommes, la parité, la diversité est, enfin, inévitable. 

Rebecca Zlotowski est l'invitée de Thierry Fiorile. Très engagée avec le collectif 50/50 dans des travaux très concrets, la cinéaste prône un combat politique, sociétal, pour les femmes, mais aussi, pour les hommes.

franceinfo : Comment avez-vous vécu cette folle quinzaine pour le cinéma français ? 

Il y a un climat que je trouve lumineux, qui permet de modifier les paradigmes d’une société qui était inégalitaire. Je suis contente quand il y a un moment de crise, quand on voit les choses se déplacer, quand on n’est plus une caricature de soi-même, de son genre, de son sexe, de son ethnie.

J’ai le souhait que ça se politise davantage, plutôt que ça reste dans les affaires de mœurs. La position qu’on doit avoir aujourd’hui est de plus en plus politique, de moins en moins morale, et de moins en moins uniquement judicaire, même si c’est très important. Notre idée est que le levier le plus important est la répartition du pouvoir, on le voit dans les deux affaires dont on parle. Dans l’affaire Polanski et l’affaire Haenel, la vérité est encore un peu dans le camp de celui ou celle qui a le pouvoir. C’est ça qu’il faut juste comprendre, il faut être à la hauteur de cette vérité politique.

Le cinéma perdra cette bataille s’il ne comprend pas l’urgence économique à se saisir de ces sujets.

Rebecca Zlotowski

Quand une actrice sort de sa catégorie d’actrice dominée et devient une actrice puissante, la réception de sa parole est totalement différente, et inversement, quand un réalisateur reste dans la caricature d’un réalisateur dominant ou dans le déni, on campe sur ses positions et on n’atteint pas le cœur du débat qui pour nous est la répartition plus égalitaire du pouvoir. Pas seulement du côté de la parité mais aussi du côté de l’inclusion, de la diversité.

On se regarde les uns les autres. Notre industrie ressemble à beaucoup d’autres, elle est principalement blanche, elle est principalement aux mains de la même catégorie ethnique, aux mains de Parisiens aussi. Si on laisse à Netflix, aux plate-formes la possibilité d’être les seuls qui s’adressent à des minorités ethniques, sexuelles, qui le font avec un peu plus de cynisme mais avec un peu plus de libéralisme, le cinéma perdra cette bataille s’il ne comprend pas l’urgence économique à se saisir de ces sujets.  

Votre combat est concret, il est aussi joyeux ?  

On espère ! On ne peut rien contre un rieur ! Je suis persuadée qu’on peut le faire de manière inclusive, joyeuse, positive, incitative plutôt que dans la sanction, de la faire avec joie et parité. De le faire entre hommes et femmes. Les premiers à libérer juste après les femmes, ce sont les hommes. Les libérer d’une certaine conception de la virilité qui leur pèse. Je suis entourée d’hommes qui, soit ne correspondent pas à la caricature qu’on fait de leur sexe et de leur genre, soit en souffrent.  

C’est aussi dans votre art, dans le cinéma que vous faites ?  

Cette conscience politique elle passe aussi par les représentations que j’invente. Je suis l’exemple type de quelqu’un qui avant d’avoir une prise de conscience politique filmait sa catégorie socio-professionnelle, son visage, et ensuite, il se trouve que cette année j’aurai fait un film, Une fille facile avec Zahia Dehar et Mina Farid et une mini-série sur Canal plus, Les sauvages, qui est la première série avec une majorité de minorités à l’écran.

La prise de conscience amène un changement de représentation, de nos centres d‘intérêt, un déplacement des uns et des autres. On peut quand même se souhaiter ça !    

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