Les voitures et trains des présidents

Les présidents et chefs d’état lorsqu’ils sont élus, que ce soit en France, ou partout dans le monde aujourd’hui comme hier, ont à leur disposition des moyens de déplacements. Petit tour d’horizon à cheval en train et en voiture

 

Les chevaux vapeurs ont remplacé les chevaux tout court à la fin du 18ème
siècle pour les déplacements des rois et chefs d’états. Des carrosses royaux
sont toujours conservés  pour les
cérémonies d’apparats.

Les voitures des chefs d’états du début du siècle dernier
jusqu’aux années 1970 étaient luxueuses et décapotables parce qu’il fallait
être vu. La communication par la télévision et internet a pris largement le
relai en terme de communication.

Depuis L’assassinat du président kennedy dans sa lincoln en 1963 , et l’agression du pape Jean-paul II en 1981, toutes les voitures présidentielles sont sécurisées. Le
général de Gaulle, lui, a échappé à 2 attentats, Olaf Delafon fondateur du
musée des voitures des chefs d’état, nous raconte qu’à la suite de
l’attentat du Petit Clamart ayant échappé miraculeusement aux nombreux impacts
de balles ayant troué la carrosserie de la Citroën DS 19, Le Général De gaulle fit cette remarque cinglante comme à son habitude : « ils ne savent même pas
tirer ! »

Les voitures présidentielles n’ont plus ce luxe ostentatoire des
années 30 où elles étaient faites sur mesure ; aujourd’hui on privilégie
des voitures de marques nationales, blindées et équipées pour travailler.

Il arrive également que les chefs d’état reçoivent des voitures en
cadeaux d’acceuil, ainsi Kroutchev en visite en France reçu une magnifique
Floride (une petite Renault décapotable vantée par Brigitte Bardot) et le Pape
Jean XXIII en visite dans les usines Italiennes, une Ferrari au volant de laquelle on le voit dubitatif. A ma connaissance elle n’est pas devenue un papamobile de course…

Nul doute que demain on verra des voitures présidentielles
électriques, pour encore mieux coller à l' image de l'homme moderne et maintenant écologique! Même Rolls Royce s’y met !
(700 kilos de batteries dans le coffre, 160 km/h , 200kms d’autonomie... "au dessus les clients prennent leur avion personnel "
commente le constructeur.

Pour les longs trajets, justement, avant que l’avion ne se
banalise, les trains présidentiels ont fonctionné pendant plus d’un siècle.
Malgré le TGV il n’est plus guère utilisé, principalement pour des raisons de
sécurité, Clive
Lamming auteur du livre "le secret des trains" nous raconte
l’histoire des trains et des chefs d’état.

 

Giscard d’Estaing dans les années 70 a été le dernier
président à utiliser un train présidentiel.

De Gaulle s’est déplacé plus d’une vingtaine de fois en train
avec tous les problèmes de sécurité que cela engendre (déminer les gares,
isoler les accès, surveiller les voies... ce qui explique que l’avion est
certainement moins cher et plus sécurisant.

Des
voitures spécialement aménagées permettaient de tenir des mini conseils des ministres.
Et  il est arrivé qu’un président, manque
à l’arrivée. Paul Deschanel avait involontairement sauté en marche, et s’est
retrouvé en pyjama sur la voie. La femme du garde barrière ne l’avait pas
reconnu, mais pensait que c’était un homme important, "car il avait
les pieds propres ! " (voir le récit en annexe 1)

C’est
en train qu’Obama s’est rendu à Washington
pour son investiture sur les traces d’
Abraham Lincoln qui avait emprunté le même itinéraire. Il a été acclamé par des
milliers d'admirateurs massés le long de la voie. Debout à l'arrière du train,
sur la plate-forme d'un wagon bleu nuit des années 1930, le futur président
saluait la foule.

Il a fallu en revanche, faire faire demi-tour au train avant
l’arrivée en gare afin qu’il puisse arriver en marche arrière et permettre au
président depuis son balcon d’être face à la foule ! 

Le
train fait partie de notre histoire politique, ainsi cette fameuse voiture en forêt de Compiègne dans laquelle
fut signé en 1918 la reddition des allemands qui sont revenus en 40 au même
endroit, dans le même wagon, mais cette fois-ci en vainqueurs (annexe 2)

Pour le pire et le meilleur, les voitures ou les trains de chefs
d’états d’hier, ou de demain servent à la rencontre du plus grand nombre, une
histoire d’amour en somme !

Tout ceci a toujours eu un coût supporté par les sujets, puis
les contribuables. A moins qu’à l’instar des pays scandinaves nos ministres ne se
déplacent en vélo, ce qui est bon pour la santé, et la santé des
finances !… sachant qu’en France un déplacement présidentiel, même pour
une demi journée, coûte entre 100 et 300 000 euros.

Lorsque le président des Etats-Unis, en revanche se déplace à
l’étranger pour des visites officielles, une vingtaine de voitures sont
amenées par avion sans compter une armée
de policiers et de personnels, une facture là aussi considérable, mais la
sécurité et le prestige n’ont pas de prix...

La semaine prochaine il sera question des bateaux et des avions
des chefs d’états !

Annexe 1

Le dimanche 23
mai, le train du président Paul DESCHANEL quitte PARIS-LYON pour MONTBRISON.
Cinquante quatre personnes font partie du voyage. A 22H00, le président se
retire dans sa chambre à coucher. Les inspecteurs de la sécurité veille. 

Peu avant 6H00 du matin, Jean CLAIR-GUYOT,
journaliste accrédité à l'Elysée est discrètement réveillé par l'ingénieur du
PLM. Monsieur, j'ai besoin de savoir si vos confrères occupent les lits qui
leur sont attribués, à la gare de SAINT-GERMAIN DES FOSSES une dépêche m'a
été remise affirmant qu'un voyageur serait tombé du train. Il faut faire
l'appel. Dans chacun des compartiments des voix endormies répondent
"présent" !

Personne ne
manque à l'appel, les 54 voyageurs sont présents, enfin 53 parce que le 54eme,
c'est le président et il dort.  

A
7H05 le train arrive à ROANNE, arrêt prévu une minute. Au bout d'un quart
d'heure, le journaliste interroge le maître d'hôtel, le président serait tombé
du train ! Le compartiment est vide, les vêtements sont accrochés au
portemanteau, les bottines rangées sur le tapis.

Le président a été retrouvé en pyjama à 6 Km
de MONTARGIS. L'explication est simple. Avant minuit incommodé par la chaleur,
le président se lève, ouvre la glace du bas et se penche à l'extérieur.
L'ouverture à 1m10 du plancher oblige à se courber pour passer la tête dehors.
Il est 23H55 lorsque M DESCHANEL tombe du train qui ne dépasse pas les 30 Km/h
suite à des travaux le long du ballast. 

un poseur de
rail M RADEAU, la lanterne à la main est stupéfait ! "Je suis le président
de la république, je suis tombé du train" lui déclare celui qu'il prend
pour un ivrogne. M RADEAU conduit le quidam  au poste 78. 

Le garde
barrière, GUSTAVE DARIOT apporte un bol de lait, en attendant l'arrivée d'un
médecin. On installe l'inconnu dans le lit conjugal qui répète "Je suis le
président !". Le visage est si gonflé qu'on ne peut identifier une
tête connue. Lorsqu'à l'aube le médecin constate que les ecchymoses
se sont atténuées, il s'exclame : Mais ma parole, c'est le président de la
république ! c'est bien M DESCHANEL !

Le
train repart avec 2H00 de retard. A MONTBRISON, la ville pavoisée acceuille la
rame officielle sans rien connaître de l'ahurissante aventure. (Extrait Les trains des rois et des présidents, Jean des CARS,
Jean Paul CARACALLA p144)

 

Annexe 2. La voiture fut incluse dans le train
qui, le 7 Novembre 1918, fut
acheminé dans la forêt de Compiègne. Les négociations furent menées dans la voiture-salon
et le 11 novembre l’armistice y
fut signé.

Elle est ensuite placée dans la cour d'honneur
des Invalides. Elle y restera six ans.

L’armistice du 22 Juin 1940, cette fois-ci
demandé par la France à l'Allemagne fut signé par la volonté d'Hitler dans cette même voiture historique placée
exactement au même endroit qu'en 1918.
Ce désir de placer la voiture au même endroit que pour le précédent armistice,
montre l’esprit de revanche qu'avait
Hitler envers la France, qui, selon lui, avait humilié l'Allemagne à la fin de la
1ère guerre mondiale.

Le 24 juin, sur ordre d'Hitler, la voiture est
convoyée par la route à Berlin où
elle est exposée et où la
population peut la visiter; Le site de la clairière de Rethondes près de
Compiègne est arasé, les monuments démontés et la zone labourée et cultivée sur
ordre d'Hitler. Elle est brûlée ensuite par
les SS en Avril 1945, sur ordre
d'Hitler suite à l'avancée des troupes alliées.

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