Cinéma week-end. Un polar en mode western spaghetti

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Laissez bronzer les cadavres rend hommage à Manchette, Bastid et Sergio Leone.

Laissez bronzer les cadavres d'Hélène Cattet et Bruno Forzani a de sympathiques effluves rétro. Ce film est la fidèle adaptation du premier roman du maitre du polar à la française dans les années 70, post 68 donc, Jean-Patrick Manchette, livre co-écrit avec Jean-Pierre Bastid.

On veut vraiment faire un jeu avec le spectateur, c'est ludique

Hélène Cattet

Dans un village méditerranéen en ruines, écrasé de soleil une bande de voyous à l'ancienne lézarde après avoir braqué un fourgon rempli d'or, hébergés par une artiste à sec d'inspiration. Mais des créatures et des flics viennent perturber le chant des cigales, donc ça défouraille. Les jeunes réalisateurs s'amusent comme des gamins: climat, musique, gros plans à la western spaghetti, multiplication des points de vue des mêmes scènes, bonne vieille pellicule à gros grain, couleurs 70's et giclées de sang écarlates, montage cut, un moment psychédélique sans prétention.        

Ruben Ostlund est-il de droite, réac et conservateur? La question l'amuse, le Suédois honoré de la palme d'or cette années à Cannes pour The Square est content de faire débat, persuadé que le cinéma ça sert à ça. La satyre version scandinave est souvent glaciale, mais on aurait tort de retenir son rire face à ce square, ce carré, nom de l'installation interactive qui met en émoi un musée d'art contemporain et son public.

On a voulu créer un lieu symbolique pour rappeler nos rôles dans la société

Ruben Ostlund

Christian, le directeur du musée, l'étonnant acteur danois Claes Bang, est un intellectuel bon teint, séducteur, qui propose au public de tester son propre degré de confiance en l'espèce humaine. Laisserez-vous vos effets personnels dans ce carré? Quand Christian se fait voler portefeuille et portable dans la rue, ses réactions sont diamétralement opposées à ce qu'il recommande dans son musée. Ruben Ostlund se moque de son personnage, de lui-même, de nous, du milieu de l'art contemporain et illustre un certain délitement du lien social.      


La belle et la meute de Kaouther ben Hania est un film marqueur de l'évolution de la société tunisienne. Inspiré d'une histoire vraie, c'est le récit en temps réel d'une nuit atroce pour Mariam, violée par des policiers alors qu'elle vient d'une soirée étudiante. Aidée par un jeune homme qu'elle connait à peine, mais qui a activement participé à la révolution tunisienne, elle va faire valoir ses droits, d'hôpitaux en commissariats, malgré les réticences, le mot est faible, de nombreux protagonistes. Signe des temps, les vrais policiers ont été condamnés à 15 ans de prison et le ministère de la Culture tunisien a aidé au financement de ce film. La belle et la meute c'est aussi un film très maîtrisé, tourné en neuf longs plans séquence qui tendent encore plus le propos et on y découvre la jeune et prometteuse Mariam Al Ferjani.