Cinéma week-end. "The Florida Project" à l'ombre de Disneyland

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Sean Baker éclaire les invisibles sans domicile de l'Amérique contemporaine.

L'année 2017 avait commencé avec le triomphe de Moonlight de Barry Jenkins, elle s'achève avec un film qui se passe également en Floride, dont le budget ne dépasse pas non plus 2 millions de dollars et qui traduit aussi un beau parcours : The Florida Project de Sean Baker. À Orlando, il y a un pays des merveilles, le parc Disney, des hôtels de luxe et l'envers du décor. C'est au Magic Castle, motel mauve pétard, déserté par les touristes qu’a été tourné The Florida Project, l'un de ces motels pas chers où survivent les recalés du rêve américain.

Je n'aurais jamais pensé qu'il se passait ces choses à Orlando, c'est pour ça qu'on a choisi ce lieu où viennent des gens du monde entier

Sean Baker

Sean Baker met en scène des mères célibataires et leurs adorables gamins qui jurent comme des charretiers, crachent sur les voitures, harcèlent les touristes pour se payer une glace et tuent l'ennui à l'ombre du parc à rêves qui leur est inaccessible. Willem Dafoe règne sur cette tribu de loosers, en gérant humaniste, le reste du casting, local et sauvage, est criant de vérité. Sean Baker documente son sujet tout en le charpentant d'une dramaturgie intense, d’images sublimes, avec le désir d'éclairer une zone d'ombre de l'Amérique actuelle.

Eric Barbier a mis la barre très haut en adaptant La Promesse de l'aube

La Promesse de l'aube, c'est ce roman bouleversant de Romain Gary, publié en 1960, dans lequel l'écrivain aux vies multiples, raconte sa folle relation avec sa mère. Charlotte Gainsbourg est convaincante en mère juive venue de Russie, qui proclame à tue-tête que son fils sera ambassadeur de France, écrivain, héros, ce que Romain Gary fera pour ne jamais la décevoir.

Chaque anecdote de la vie de Romain Gary ferait un film

Pierre Niney

Mais face à un tel monument littéraire le film est à la traîne. Les relations entre l'auteur et le cinéma sont riches, 12 romans adaptés, avec plus ou moins de bonheur, des scénarios, deux films et bien sûr la tragique relation de Romain Gary avec Jean Seberg.

A la veille du réveillon de Noël il n'est pas trop tard pour des idées de cadeaux cinéphiles

Le livre de notre confrère Laurent Delmas qui sévit tous les samedis matins sur France Inter Les 100 films qu'il faut avoir vus chez Larousse, de La sortie des usines Lumière des frères Lumière en 1895 à Winter sleep de Nure Bilge Ceylan, palme d'or 2014, 100 films à voir ou revoir, deux pages par film, une photo, des textes courts, c'est un très bon guide. 

Enfin Blaq Out a la très bonne idée d'éditer, pour seulement 60 euros, un coffret DVD Solveig Anspach, comprenant 19 documentaires, films et courts-métrages de cette réalisatrice islando-américaine, française d'adoption, morte beaucoup trop tôt en 2015. Sa noirceur et son humour traversent son œuvre, Karine Viard lui doit son César pour Haut les cœurs ! en 1999.